Le cardinal Caraffa, Napolitain, évêque de Chieti, et fondateur des Théatins [123], lui succéda sous le nom de Paul IV. Le caractère dur, soupçonneux et sévère de ce vieillard [124], les prodigalités indiscrètes répandues sur ses neveux, qu'il fut ensuite obligé de chasser, et dont plusieurs furent punis de mort sous le pontificat suivant [125]; sa guerre imprudente et malheureuse avec l'Espagne, l'établissement, à Rome, du tribunal, des prisons, et de toutes les rigueurs de l'Inquisition; sa conduite cruelle envers plusieurs cardinaux, orgueilleuse envers tous; les impôts dont il accabla les Romains, et la terreur que sa police inquisitoriale répandait autour de lui, excitèrent une telle haine parmi le peuple, qu'il y eut, à sa mort, un soulèvement général. Les prisons de l'Inquisition furent enfoncées, les prisonniers mis en liberté, les procès brûlés, le couvent des Dominicains inquisiteurs, et les moines eux-mêmes menacés de l'être, la statue du pontife, qu'on s'était trop hâté de lui élever, renversée, brisée, et traînée par morceaux dans les rues [126].
[Note 123: ] [ (retour) ] Il leur donna ce nom, parce que le nom latin de sa ville épiscopale est Theale.
[Note 124: ] [ (retour) ] Il fut élu à soixante-dix-neuf ans.
[Note 125: ] [ (retour) ] Le cardinal Caraffa, le duc de Palliano, etc.
[Note 126: ] [ (retour) ] Muratori, Annal. d'Ital., an. 1559.
Les lettres n'attendaient rien de Pie IV, et il ne fit personnellement presque rien pour elles, mais il leur donna pour protecteur le fameux Charles Borromée, fils de sa sœur; et pour cette fois le népotisme, si souvent et si justement reproché à la cour de Rome, fit un grand bien. Charles, qui n'avait que vingt-deux ans, décoré de la pourpre, du titre de premier secrétaire d'état, des légations de la Romagne et de Bologne, et enfin de l'archevêché de Milan, soutint presque seul le fardeau des affaires pendant le pontificat de son oncle, et les dirigea avec autant d'intégrité et de capacité que de zèle. C'est à lui que le pape dut l'honneur d'avoir repris et enfin terminé le grand concile de Trente, d'avoir relevé dans Rome, avec une magnificence digne de Léon X lui-même, des édifices détruits, d'en avoir construit de nouveaux dans plusieurs quartiers de la ville; enfin d'avoir appelé au cardinalat et aux autres dignités de l'Église les hommes les plus recommandables par les mœurs, les talents et leur savoir. Le seul délassement de Borromée, lorsqu'il avait donné le jour entier aux soins du gouvernement, était de rassembler, le soir, dans le palais qu'il habitait avec le comte Philippe Borromée son frère, les hommes les plus instruits dans les lettres, de les entendre réciter des pièces d'éloquence, lire des dissertations, ou établir entre eux des discussions, le plus souvent sur des sujets de philosophie morale. Le lieu et l'heure où se tenaient ces assemblées leur fit donner le nom de Nuits Vaticanes. A la mort du comte Borromée, le cardinal voulut qu'elles fussent exclusivement consacrées aux études théologiques. Cette académie devint célèbre. Chacun de ses membres, selon l'usage d'Italie, prenait un nom supposé. Celui que prit le fondateur paraît singulier, si l'on songe aux matières dont il avait voulu que son académie s'occupât exclusivement: il se fit appeler le Chaos [127].
[Note 127: ] [ (retour) ] Tiraboschi, t. VII, part. I, l. I, c. 4.
Bologne, où sa légation l'appelait souvent, se ressentit de son amour pour les sciences. La célèbre université de cette ville n'avait pas un emplacement digne de sa renommée. Charles en fit commencer les magnifiques bâtiments qu'on y voit encore aujourd'hui. A Milan, il fonda pour les jésuites le collége appelé de Bréra, et y fit attacher des revenus considérables. Cet ordre lui dut une partie des autres établissements où il enseignait la jeunesse, et en particulier les colléges de Vérone, de Brescia, de Gênes, de Verceil, et même, hors de l'Italie, ceux de Lucerne, de Fribourg, et plusieurs autres. L'Église a mis ce grand cardinal au rang des saints: ou voit qu'il est tout aussi justement compté parmi les bienfaiteurs des lettres.
Pie V obtint le premier de ces deux titres [128], et ne fit rien pour mériter le second. Il n'en est pas ainsi de son successeur, le fameux Grégoire XIII [129]. Buoncompagno était savant, surtout dans les lois canoniques, et en avait occupé la chaire pendant dix-huit ans à Bologne sa patrie. C'était un des cardinaux de la création de Pie IV.
[Note 128: ] [ (retour) ] 1556.