L'auteur de cette découverte mourut avant d'avoir vu exécuter son projet, et même d'avoir pu le présenter au pape. Ce fut son frère Antoine Lilio qui le présenta. Grégoire nomma pour l'examiner une commission des quatre plus savants astronomes qui fussent alors. Il assista souvent lui-même à leurs travaux; et, après de longues discussions sur une matière si difficile et si importante, il ordonna par sa bulle du 1er. mars 1582 cette réforme célèbre.
Celle du recueil de lois canoniques ou du Décret de Gratien avait paru deux ans auparavant, et ce fut dans cette même année, 1582, que la magnifique édition du corps de droit canon sortit des presses romaines par ordre de Grégoire XIII. L'idée de cette réforme, reconnue nécessaire, ne lui était pas due. Pie IV l'avait conçue le premier. Il avait nommé une commission de cardinaux, de jurisconsultes et d'autres savants, et les avait chargés de corriger les inexactitudes de tout genre dont ce recueil était rempli [137]. Ils avaient continué leur travail sous Pie V; ils le terminèrent sous Grégoire XIII. Trente-cinq commissaires y avaient été nommés, non tous ensemble, mais à différentes époques, et vingt-deux étaient italiens [138]. Malgré leur zèle, leurs lumières et celles du pape lui-même, le Décret, beaucoup moins irrégulier sans doute qu'il n'était auparavant, parut avoir conservé trop de ses anciens vices, et en avoir contracté de nouveaux, ce qui fait, dit Tiraboschi [139], que depuis cette correction fameuse d'autres savants se sont fait une étude de corriger ce même Décret, et ont peut-être laissé à ceux qui viendront après eux de quoi s'en occuper encore.
[Note 137: ] [ (retour) ] Tiraboschi, t. VII, part. II, p. 153.
[Note 138: ] [ (retour) ] Id. ibid.
[Note 139: ] [ (retour) ] Ub. supr., p. 154.
On cite de ce pape un trait qui prouve qu'il ne réservait pas toutes ses libéralités pour les sciences ecclésiastiques, et qu'il en répandait aussi sur les lettres qu'on appelle profanes. Le célèbre Marc-Antoine Muret était professeur à Rome. Etienne, roi de Pologne, voulut l'attirer dans ses états [140], et lui offrit un traitement annuel de 1500 écus d'or et un bénéfice qui lui en vaudrait 500 autres. Grégoire ne voulut pas que Rome fût privée des leçons de ce savant homme; il ajouta 200 écus d'or aux 500 que Muret recevait déjà pour ses honoraires, et lui assigna de plus 300 écus de pension [141]. Le nom de ce pape, célèbre à tant et de si justes titres, ne serait peut-être souillé d'aucune tache si l'approbation qu'il donna en plein consistoire au massacre de la St.-Barthélemi, et le tableau qu'il fit placer dans son palais pour éterniser le souvenir de ce qui fera l'exécration de tous les siècles, ne faisaient rejaillir une partie de cette exécration sur sa mémoire.
[Note 140: ] [ (retour) ] En 1578.
[Note 141: ] [ (retour) ] Id. ibid.
Le nom de Sixte V, son successeur, est fameux dans la politique et dans les arts.
Le pâtre de Montalte est le rival des rois,