[Note 156: ] [ (retour) ] Hippolyte Aldobrondini, élu le 30 janvier 1592.
Tandis qu'à Rome et à Florence les lettres et les arts éprouvaient ces vicissitudes, elles avaient dans plusieurs autres états d'Italie, une existence brillante, mais agitée; l'émulation était presque générale, entre les princes, à qui les protégerait le plus; mais ces princes étaient environnés de circonstances orageuses peu favorables à cette émulation. La guerre, qui s'était allumée dès la fin du siècle précédent, prit dans le seizième un nouveau degré de fureur, lorsque la lutte élevée entre l'Empire et la France, dont l'Italie était le théâtre, devint la lutte entre deux prétendants à l'Empire, et qu'elle eut pour champions Charles-Quint et François Ier. Le Milanais avait perdu ses ducs; la plupart des autres principautés, entraînées dans le tourbillon des révolutions plutôt militaires que politiques, changèrent plusieurs fois de fortune et de maîtres, et les lettres se trouvèrent enveloppées dans ces fréquentes alternatives.
Pendant le peu de temps que François Ier. fut maître de Milan, il se fit gloire d'accorder aux arts et aux lettres le même accueil, les mêmes encouragements qu'ils avaient reçus avant lui. C'est là qu'il sentit se développer ces nobles goûts dont la nature lui avait donné le germe; c'est de là qu'il amena en France des savants et des artistes qui firent, pour la nation entière, ce que l'Italie avait fait pour lui; et si quelque chose put dédommager la France des désastres que lui causèrent les inclinations belliqueuses de son roi, c'est que, sans ses guerres imprudentes, le siècle de François Ier. n'eût peut-être pas encore été pour elle le premier siècle des arts. Après qu'il eut perdu le Milanais, et cette fois sans retour, Maximilien Sforce, qui le lui avait cédé et s'était retiré en France, ne recouvra pas ce duché. Ce fut son frère, François-Marie, que Charles-Quint y rétablit [157]. Mais l'état précaire où il fut toujours, et peut-être le peu de goût qu'il avait pris pour les lettres dans les agitations où sa famille avait vécu, l'empêchèrent de rien faire pour elles.
[Note 157: ] [ (retour) ] En 1525.
La race des Sforce et le duché de Milan s'éteignirent en lui. Charles-Quint resté, après la mort de ce prince [158], en possession du Milanais, l'était auparavant du royaume de Naples; rien n'annonce qu'il se soit occupé du progrès des lettres dans ces deux états: elles lui étaient au moins indifférentes; et l'historien Robertson assure même, qu'élevé par ce rude théologien, Adrien d'Utrecht, que nous avons vu figurer parmi les papes, Charles avait annoncé de bonne heure de l'aversion pour les sciences [159]. Les vice-rois, ou commandants, qui le représentaient à Milan et à Naples, n'eurent pas tous, il est vrai, la même indifférence ou le même éloignement que leur maître; mais à Naples, le plus fameux de ces commandants, don Pèdre de Tolède, aimait trop l'inquisition pour ne pas haïr les lettres. On sait quels mouvements causa dans le royaume son obstination à y vouloir introduire cet odieux tribunal. Parmi les hommes puissants qui lui résistèrent, on distingue le prince de Salerne Ferrante San Severino [160], protecteur éclairé des lettres, ami et patron d'un poëte alors célèbre, mais depuis éclipsé par la grande célébrité de son fils. Bernardo Tasso, fidèlement attaché à ce prince dans sa disgrâce, y fut enveloppé. Sa ruine et son exil furent, comme nous le verrons dans la suite, les premières infortunes qui assaillirent l'enfance et la jeunesse du Tasse, son fils, destiné à en éprouver tant d'autres.
[Note 158: ] [ (retour) ] En 1535.
[Note 159: ] [ (retour) ] Hist. de Charles V, l. I.
[Note 160: ] [ (retour) ] Tiraboschi, t. VII, part. I, p. 101.
San Severino n'était pas le seul grand qui, avant ses malheurs, donnât aux lettres, dans ce royaume, l'encouragement qu'elles ne recevaient plus du gouvernement même. L'illustre maison des Aquaviva, et celle des Davalos, se distinguèrent entre les familles qui les protégèrent le plus généreusement. Deux frères Aquaviva, ducs d'Atri, se montrèrent, dès le commencement de ce siècle, pleins d'ardeur et de libéralité pour elles [161]; ils laissèrent même tous deux quelques ouvrages [162]; et cette famille eut encore après eux, dans le militaire [163] et dans l'Église [164], des hommes qui se rendirent célèbres par leur amour pour les lettres et par leur savoir.
[Note 161: ] [ (retour) ] L'un de ses frères se nommait Mathieu, et l'autre Bélisaire; ils moururent tous deux en 1528. (Voyez Mazzuchelli, Scrit. ital., t. I, part. I.)