[Note 170: ] [ (retour) ] Tiraboschi, t. VII, part. I, p. 69, où il cite une lettre de Luca Contile.
[Note 171: ] [ (retour) ] Ub. supr.
Et ce n'était pas pour son plaisir qu'il parcourait ainsi le Piémont; c'était comme général des armées de l'empereur. La guerre s'était allumée; les Français tenaient encore au-delà des Alpes; Alphonse marchait contre eux, et il marchait à sa perte. Peu de temps après, il livra la bataille de Cérisoles: il y fut vaincu et blessé. On profita de sa défaite pour le desservir auprès de l'empereur. Accusé de concussions et d'abus d'autorité dans son gouvernement, il se rendit à la cour pour se justifier, fut mal reçu, et revint mourir, non des ses blessures mais de chagrin, à Vigevano [172]. Heureux, s'il n'eût pas souillé sa gloire par un acte de barbarie contraire aux droits les plus sacrés, en faisant assassiner deux ambassadeurs [173] que François Ier. envoyait à Venise pour passer à Constantinople; et cela pour saisir, dans leurs papiers, des secrets qu'il n'y trouva pas!
[Note 172: ] [ (retour) ] Mars 1546. Il n'avait que quarante-trois ans.
[Note 173: ] [ (retour) ] L'un d'eux était César Frégose, qui s'était retiré en France après avoir été général des Vénitiens. In questo tempo, dit Mazzuchelli, Cesare Fregoso mentre andava a Venezia ambasciatore del Rè Francesco I fu ucciso per ordine del marchese del Vasto governatore di Milano. (Scrittor. ital., t. III, article Bandello, p. 202.)
Mais toutes puissantes qu'étaient ces deux familles, et celle des Rangoni de Modène, et quelques autres encore dont les lettres ont gardé les plus honorables souvenirs, c'étaient pourtant des familles privées et sujettes, qui ne pouvaient rendre d'aussi grands services aux sciences et aux arts que celles qui conservaient, même dans de petits états, leur souveraineté. On doit mettre au premier rang les princes de la maison d'Este, ducs de Ferrare. On les a vus, dès le quinzième siècle, ouvrir dans leur cour un asyle aux lettres. Nicolas III, Lionel, Borso, Hercule Ier., eurent tous le même penchant pour elles. Alphonse Ier., fils d'Hercule, lui succéda en 1505; il ne régna pas moins de trente ans; mais toujours en guerre, tantôt avec les Vénitiens, tantôt avec les papes, Jules II, Léon X et Clément VII, dépouillé par eux de Modène, de Reggio, et d'autres villes de ses états, qu'il ne recouvra que vers les dernières années de sa vie [174]; enfin, éprouvé par les plus cruelles traverses, il ne serait pas surprenant qu'il n'eût pu s'occuper de l'encouragement des lettres. Il le serait d'autant moins, qu'il était lui-même peu lettré. Une jeunesse faible, et presque toujours languissante, lui avait interdit l'étude; la guerre et les affaires ne lui avaient pas laissé le temps de réparer ce défaut d'éducation; cependant la cour de Ferrare ne cessa point sous son règne d'accueillir les savants, les artistes et les poëtes. Elle était bâtarde du pape Alexandre VI. Il suffit, parmi ces derniers, de nommer le grand Arioste, et d'être prévenus dès à présent, comme nous le verrons mieux dans la suite, que si ce poëte eut à se plaindre du cardinal Hippolyte, frère d'Alphonse, il ne cessa jamais de jouir auprès du duc lui-même de la plus grande faveur.
[Note 174: ] [ (retour) ] Il fut remis dans la possession paisible de tous ses états en 1531, par l'empereur Charles V, qui y ajouta même la principauté de Carpi. Il mourut en 1534.
Tout ce qui entourait Alphonse aimait les lettres et les honorait comme lui; son secrétaire et son ministre de confiance, Pistofilo de Pontremoli, était un homme de lettres: il aimait les antiquités, les médailles, dont il avait formé une très-belle collection. Le Bembo, Giraldi, Strozzi, et d'autres auteurs, vantent son goût pour la poésie; et l'on trouve de lui, dans plusieurs recueils, des vers, médiocres à la vérité, mais qui prouvent qu'au milieu des occupations d'un ministère et des distractions d'une cour, il savait réserver quelques moments pour les muses. Lucrèce Borgia, femme du duc, à qui l'on peut reprocher, il est vrai, outre la tache de sa naissance [175], celle de ses mœurs [176], du moins pendant la première partie de sa jeunesse, devenue duchesse de Ferrare, tint sa cour avec autant de décence que de grâce, et se montra protectrice zélée des savants, des gens de lettres, et surtout des poëtes.
[Note 175: ] [ (retour) ] Elle était bâtarde du pape Alexandre VI.
[Note 176: ] [ (retour) ] Elle fut accusée d'un commerce incestueux avec ses frères, et même avec le pape son père. Les historiens les plus graves, en Italie, en Angleterre et en France, ont répété cette accusation. M. Roscoë presque seul a pris la défense de Lucrèce, dans une dissertation qui termine le premier volume de son Histoire de Léon X.