[Note 190: ] [(retour) ] Laura Eustochia.
[Note 191: ] [(retour) ] An 1597.
[Note 192: ] [(retour) ] Agostino Faustini, Andrea Morosino, Cesare Campana, cités par Muratori, ub. supr.
[Note 193: ] [(retour) ] Ob lineam finitam, seu ob alias causas. (Muratori, loc. cit.)
[Note 194: ] [(retour) ] Loc. cit.
Ferrare, prise entre deux armées, fut remplie d'émissaires qui n'épargnèrent rien pour soulever un peuple tranquille contre son prince légitime. Enfin, la main pontificale lança son dernier foudre; la bulle d'excommunication frappa César et quiconque des rois ou princes chrétiens oserait lui prêter secours. Le nouveau duc n'avait ni assez de troupes pour résister seul, ni assez d'argent pour en lever d'autres, ni peut-être assez de fermeté pour tenir tête à la fois aux armes du pontife et à ses bulles. «Les princes ses alliés n'osèrent, dit encore Muratori [195], lever même un doigt pour le défendre, et se bornèrent à de vaines représentations auprès du pape. César, forcé de céder, remit entre les mains de ce puissant et violent ennemi le duché de Ferrare et toutes ses dépendances. Il ne lui fut permis de garder que Modène et Reggio. Clément, après avoir célébré à Rome, par des fêtes éclatantes, ce nouvel accroissement des états de l'Église, voulut en prendre possession en personne. Il y fit une entrée solennelle [196], et y reçut pendant plusieurs jours les hommages des ducs de Mantoue, de Parme, etc., qui venaient en tremblant baiser les pieds du terrible pontife. Ce qu'il y eut de plus honteux, c'est que parmi les princes qui lui rendirent cet hommage, dans plusieurs villes où il s'arrêta en allant de Rome à Ferrare, on vit à Rimini le nouveau duc de Modène, ce même César d'Este qu'il dépouillait du duché de Ferrare, et que l'orgueilleux pape récompensa de cet acte d'humilité plus que chrétienne, en donnant à son frère Alexandre d'Este le chapeau de cardinal.
[Note 195: ] [ (retour) ] Ibid.
[Note 196: ] [ (retour) ] Le 8 mai 1598.
C'est ainsi que disparut cette puissance qui avait eu tant d'éclat, et que Ferrare cessa d'être en Italie l'une des plus illustres métropoles des lettres et des arts. Je n'ajouterai pas: c'est avec cette modération et cette justice que le chef d'une religion, qui certes n'autorise rien de pareil, opprima un prince faible et s'enrichit de sa dépouille. Je ne fais point de réflexions; je raconte ou plutôt j'indique simplement les faits, et seulement autant qu'il le faut pour que l'on suive de l'œil les diverses fortunes et les révolutions, non des états, mais des lettres.
César d'Este, en se retirant à Modène avec sa famille, y transporta tout ce qu'il put du riche mobilier qui ornait son palais de Ferrare. Heureusement il n'oublia pas la bibliothèque, objet des soins de plusieurs ducs et surtout d'Alphonse II; mais ce transport d'une collection si considérable, la précipitation et la confusion d'un tel déplacement, la négligence des uns, la mauvaise foi et l'avidité des autres, ne purent manquer d'y occasioner des pertes irréparables [197]. Elle en éprouva peut-être encore à Modène, où ni César, ni ses trois ou quatre premiers successeurs ne s'occupèrent de la faire mettre en ordre et placer dans un lieu convenable. Ce ne fut que vers la fin du siècle suivant qu'elle attira l'attention d'un duc de Modène [198], qui fit arranger les livres, et leur donna un bibliothécaire, et c'est au commencement du dix-huitième siècle qu'un autre duc [199] l'enrichit considérablement en livres imprimés et en manuscrits, et lui fit élever le bâtiment magnifique où elle est encore aujourd'hui. C'est à la garde de cette bibliothèque précieuse qu'ont été successivement préposés deux savants qui ont rendu de si grands services à l'histoire littéraire, Muratori et Tiraboschi. C'est dans les nombreux manuscrits de cette belle collection qu'ils ont puisé les monuments authentiques et les notions aussi sûres qu'abondantes dont ils ont enrichi le monde littéraire. Elle a conservé le titre de Bibliothèque d'Este, Biblioteca Estense, qui rappelle tout ce que la littérature et les sciences durent à cette famille, déchue de ses grandeurs, mais non pas de toute sa gloire.