Une troisième branche des Gonzague, celle des ducs de Sabionette, ne doit pas être oubliée dans l'histoire des lettres [204] L'un d'eux, nommé Louis, à qui sa valeur militaire avait acquis le surnom très-peu littéraire de Rodomont, ne se distingua pas moins dans la poésie que dans les armes. Outre plusieurs pièces de vers imprimées dans divers recueils, c'est de lui que sont les douze stances à la louange de l'Arioste, que l'on trouve dans plusieurs éditions de l'Orlando. Son fils Vespasien, l'un des plus braves et des plus habiles capitaines de ce siècle, ne fit point de vers, mais il rendit aux lettres et aux arts de plus grands services: il fit rebâtir en entier la ville de Sabionette. Elle fut achevée en peu d'années, et la largeur et l'alignement des rues, l'architecture des maisons particulières, la beauté des temples, la symétrie de la place publique, les statues et les autres productions des arts dont il l'embellit, enfin les belles fortifications dont il l'entoura, excitèrent une admiration générale [205].
[Note 204: ] [ (retour) ] Elle descendait de Jean-François, fils de Louis Ier., marquis de Mantoue. (Tiraboschi, ub. supr., p. 54.)
[Note 205: ] [ (retour) ] Id. ibid. p. 58.
Il y fonda des écoles de langues grecque et latine, et des pensions pour les professeurs. Son palais était toujours rempli de gens de lettres et de savants, dont la conversation faisait ses délices. Il mourut en 1591, dans la ville qu'il avait fait bâtir. Il montra, mieux peut-être que tout autre prince, ce qu'ils pourraient faire tous, même dans de petits états, s'ils avaient son goût pour les arts et ses nobles inclinations.
Le cardinal Scipion de Gonzague appartient à cette branche [206]. Ses premières études, qu'il fit à Padoue, furent toutes littéraires. Il fonda dans cette ville l'académie des Eterei, qui eut, peu de temps après, la gloire de compter parmi ses membres le Tasse et le Guarini. Scipion de Gonzague en suivit assidûment les travaux tandis qu'il habita Padoue. En avançant en âge, il conserva toujours du goût pour les objets de ses premières études. Guarini soumit à son examen le manuscrit du Pastor Fido; Scipion fut l'ami de ce poëte, et le fut encore plus du Tasse, qui lui confia aussi son poëme avant de le publier. Le cardinal se fit honneur de lui servir de secrétaire, et copia ce poëme en entier de sa main. Pendant le séjour que le Tasse fit à Padoue, Scipion lui témoigna la plus tendre amitié. Il ne voulut point qu'il eût d'autre chambre, d'autre table, et même, ajoute-t-on, d'autre verre que le sien [207].
[Note 206: ] [ (retour) ] Il était petit-fils de Pirrhus de Gonzague, qui était frère de Louis Ier., père de Rodomont.
[Note 207: ] [ (retour) ] Voyez Tiraboschi, ub. supr., p. 59.
Plusieurs autres Gonzague, ou de l'une ou de l'autre branche, s'illustrèrent encore dans les lettres: tel fut surtout un Curzio de Gonzague, qui a laissé beaucoup de poésies, une comédie [208] et même un poëme héroïque [209] dont nous aurons occasion de parler. Plusieurs femmes de cette famille se firent aussi connaître, soit par la protection qu'elles accordèrent aux lettres, soit même par leur ardeur à les cultiver et par leurs talents. Il est donc vrai de dire qu'entre toutes les maisons souveraines d'Italie, pendant ce siècle, sans en excepter les Médicis et les princes d'Este, aucune ne posséda dans les lettres un nom plus justement acquis, et une gloire plus personnelle que les Gonzague.
[Note 208: ] [ (retour) ] Gli Inganni.
[Note 209: ] [ (retour) ] Il Fidamante.