[Note 218: ] [ (retour) ] Il mourut en 1580.
[Note 219: ] [ (retour) ] M. Denina, loc. cit.
On voit qu'à une époque où l'Italie fut si continuellement et si universellement agitée par la guerre, il n'y eut presque aucune de ses parties où ne se fît sentir ce mouvement général des esprits, ni presque aucun de ses gouvernements qui ne contribuât à l'imprimer et à l'entretenir. Ce n'est pas la seule époque où l'on ait vu fleurir au milieu des armes ce qu'on nomme les arts de la paix: mais il n'en est aucune, depuis les beaux siècles de la Grèce, où le goût des arts et des lettres ait été aussi vif et aussi universel, où il ait paru presque à la fois autant d'hommes de génie et autant de princes dignes de les apprécier et de leur servir d'appui; aucune enfin dont il soit resté, dans un seul pays, autant de monuments littéraires. Je vais maintenant, sans me laisser décourager par l'immensité de l'entreprise, essayer de faire connaître les principales productions, dans tous les genres, qui illustrèrent ce siècle fameux. Puissé-je mettre assez d'ordre dans la division des matières, assez de clarté et d'équité dans la manière de les présenter, pour venger les bons auteurs italiens des jugements précipités dont ils ont trop souvent été l'objet en France, et pour continuer, selon mon pouvoir, à laver les Français du reproche que les Italiens leur font d'avoir mis dans leurs jugements trop de précipitation et d'injustice!
CHAPITRE III.
De la poésie épique en Italie, au seizième siècle, et d'abord de l'épopée romanesque; sources dans lesquelles les faits et le merveilleux dont elle se compose ont été puisés.
On avait vu en Italie, au quinzième siècle, un phénomène unique dans l'histoire des lettres. Une langue consacrée et fixée par les grands écrivains en vers et en prose, avait disparu tout à coup. La nation qui l'avait vue éclore et se perfectionner dans son sein, avait oublié à l'écrire; et lorsque vers la fin du même siècle, des écrivains ingénieux voulurent lui rendre la vie, il leur en avait coûté presque autant d'efforts qu'à ses premiers créateurs; mais ces efforts ne furent pas perdus; Laurent de Médicis, Politien, et les autres poëtes que nous avons vus fleurir à cette époque, redonnèrent à la langue poétique italienne une seconde vie. Ce fut un appel général, auquel répondirent de toutes parts les hommes de génie que le seizième siècle vit naître; ils retrouvèrent les traces de cette prose arrondie, périodique, cicéronienne de Boccace; de cette coupe harmonieuse, de ce style pur, animé, poétique de Pétrarque. Le Dante seul, quelle qu'en fût la cause, resta sans imitateurs comme sans rivaux.
Cependant le progrès des études littéraires, et la connaissance devenue presque générale des anciens auteurs, avaient multiplié les genres de poésie; et si quelques poëtes bornèrent leur gloire à redonner au sonnet et à la canzone ce caractère d'élévation, de force et de noblesse, que leur avait d'abord imprimé le prince des lyriques italiens, sans pouvoir jamais égaler sa sensibilité ni sa grâce, d'autres, en bien plus grand nombre, s'essayèrent dans l'épopée, dans la tragédie, dans la comédie, dans la pastorale, dans la satire, dans le poëme didactique, en un mot, dans tous les genres.
Le plus grand et le plus noble de tous, celui de l'épopée, doit le premier attirer notre attention; d'abord à cause de son importance, ensuite parce qu'en renaissant en Italie, il s'y composa d'éléments nouveaux, et fit mouvoir des machines poétiques différentes de celles des Grecs et des Romains; et enfin, parce qu'ayant trouvé sur notre route, à la fin du quinzième siècle [220], les premiers essais de ce genre qui devait être porté à une si grande perfection dans le seizième, nous avons différé d'en parler, pour rassembler ici dans une série non interrompue tout ce qui regarde l'origine et les progrès de la poésie épique.
[Note 220: ] [ (retour) ] Voyez t. III de cet ouvrage, p. 537 et 542.