[Note 12: ] [ (retour) ] En 1492.

[Note 13: ] [ (retour) ] En 1500.

Il respira sous Jules II [14], et rentra en crédit auprès de lui: il dut à l'amitié ce retour. Galeotto de la Rovère, neveu de Jules, jeune homme qui réunissait aux grâces du corps et aux dons de l'esprit, les bonnes mœurs, la politesse et la magnificence, devenu cardinal aussitôt que son oncle fut pape, et peu après vice-chancelier de l'Église, était depuis quelque temps lié avec Médicis; ce lien fut resserré par leur dignité commune, et Galeotto, non content de remettre son ami en faveur, trompé par la vieillesse de Jules II, formait déjà pour le cardinal Jean des projets dont il croyait l'exécution prochaine; il songeait pour lui-même à remplacer le crédit que lui procurait le népotisme par celui que lui assurait une intime amitié. La mort rompit tous ses desseins. Jean de Médicis le pleura amèrement et long-temps: cette mort imprévue ne lui ôtait pas seulement un appui, mais presque le seul de tous les membres du sacré collége qui partageât son goût passionné pour les lettres et pour les arts, et qui attachât le même prix que lui aux nobles jouissances qu'ils procurent.

[Note 14: ] [ (retour) ] Elu le Ier. novembre 1503.

Paul Jove, et après lui d'autres historiens ont vanté justement cette passion qui annonçait dans le cardinal Jean ce que le pape Léon X devait être. Déjà tout ce qu'il y avait de peintres, de sculpteurs, d'architectes habiles, ambitionnait son suffrage. Les savants, les littérateurs, les poëtes, se réunissaient autour de lui; son palais leur était toujours ouvert; sa bibliothèque semblait avoir été rassemblée pour leurs recherches et leurs études [15]. Elle était riche en manuscrits grecs et latins, qu'il avait en partie reçus de son père, et en partie rachetés des religieux de Saint-Marc [16].

[Note 15: ] [ (retour) ] On peut voir ce que dit de cette bibliothèque Jean-François Pic de la Mirandole, qui la fréquentait souvent, Examen vanitatis doctrinæ gentium, p. 1044.

[Note 16: ] [ (retour) ] En 1508, pour la somme de 2662 écus d'or. Nous verrons bientôt les vicissitudes qu'éprouva cette bibliothèque.

Il s'y trouvait souvent au milieu de ces réunions savantes; et dans les discussions littéraires qu'il se plaisait à faire naître, on admirait autant son esprit qu'on aimait sa familiarité décente et son urbanité. Il cultivait lui-même, quoique avec peu de facilité, la poésie latine, et n'était content de ses vers que lorsqu'il y avait mis cette élégance que les latinistes modernes atteignent si rarement [17].

[Note 17: ] [ (retour) ] On cite avec raison, comme une preuve de cette élégance, les vers ïambes suivants, qu'il fit pour une belle statue de Lucrèce, retrouvée dans des ruines au-delà du Tibre; Fabroni les cite, ubi supr., p. 37:

Libenter occumbo, mea in præcordia

Adactum habens ferrum: juvat meâ manu

Id præstitisse quod viraginum priùs

Nulla ob pudicitiam peregit promptiùs.

Juvat cruorem contueri proprium,

Illumque verbis execrari asperrimis.


Sanguen mî acerbius veneno Colchico,

Ex quo canis stygius vel hydra præferox

Artus meos compegit in pœnam asperam;

Lues flue, ac vetus reverte in toxicum;

Tabes amara exi, mihi invisa et gravis,

Quod feceris corpus nitidum et amabile.


Nec interim suas monet Lucretia

Civeis pudore et castitate semper ut

Sint præditæ, fidemque servent integram

Suis maritis, cum sit hæc Mavortii

Laus magna populi ut castitate fœminæ

Lætentur et viris mage istâ gloriâ

Placere studeant quam nitore et gratiâ.

Quin id probasse cœde vel meâ gravi

Lubet, statim animum purum oportere extrahi

Ab inquinati corporis custodiâ.

Mais la faveur de Jules II ne pouvait se concilier long-temps avec les arts de la paix. Ce pape belliqueux fit du cardinal qu'il aimait un militaire. Devenu, sous le titre de légat, général en chef de l'armée que le pontife opposait aux Français [18], Médicis fut fait prisonnier à la bataille de Ravenne [19], et transféré à Milan pour l'être bientôt en France. Cependant, et Milan et l'Italie échappaient aux Français, malgré cette victoire achetée par trop de sang et par la mort glorieuse du jeune Gaston de Foix. Le cardinal parvint, à force d'argent, à s'échapper dans le désordre de la retraite; et dans la même année, peu de mois après qu'il s'était vu captif, il rentra comme en triomphe dans Florence, où tout ce qui restait des Médicis fut rappelé [20]; et l'année n'était pas encore révolue depuis sa captivité, qu'il avait remplacé le pape Jules II, et pris le nom de Léon X [21].