[Note 18: ] [ (retour) ] Marc-Antoine Colonne commandait en titre les troupes de l'Église, mais il était de fait subordonné au cardinal-légat.

[Note 19: ] [ (retour) ] 11 avril 1512.

[Note 20: ] [ (retour) ] 31 août, même année.

[Note 21: ] [ (retour) ] 11 mars 1513. Je laisse à l'histoire proprement dite les détails de cette élection, et les motifs qui la décidèrent, et les services que rendit alors à Médicis Bernard de Bibbiena, son conclaviste, et l'heureux effet de cet abcès, qui, selon Paul Jove (Leonis X Vita, liv. III), creva dans le conclave même. Le sage Fabroni n'adopte point ces bruits honteux pour les mœurs du nouveau pape. Il croit de préférence Guichardin, d'autant plus que cet historien n'était nullement ami de Léon X. Guichardin attribue les suffrages qui l'élurent et les applaudissements que reçut son élection au souvenir des vertus de son père, et à la réputation qu'il s'était déjà faite dans toute l'Europe par sa libéralité, par sa douceur et par la pureté de ses mœurs; mérite, ajoute-t-il, qui, dans ces temps où régnait une licence excessive, paraissait non-seulement rare, mais presque unique dans un homme qui n'avait pas encore atteint sa trente-huitième année. Sed nos potissimum Guicciardinio credimus qui ait aditum ad summum pontificatum Joanni patefecisse et plausûs ob adeptum excitasse memoriam paternarum virtutum, et famam quæ omnes regiones peragraverat, ejus liberalitatis, benignitatis, morumque plane castissimorum, quod iis temporibus, in quibus nimia licentia dominabatur, non modo rarum, sed et prope singulare in homine qui nondum compleverat trigesimum octavum ætatis annum, videbatur. (Paul Jov. Leonis X Vita, p. 60.)

Il n'avait que trente-sept ans; son pontificat n'en dura que neuf, et il eut le temps de faire de grandes choses, comme prince souverain, en faveur des arts et des lettres; mais aussi de porter à la puissance spirituelle de Rome, par l'excès de ses prodigalités et des saintes exactions qu'il employa pour y fournir, un coup dont elle ne s'est jamais relevée depuis, et dont, selon toutes les apparences, elle ne se relèvera jamais.

Ce ne sont point ici les écrivains protestants qu'il faut croire; les historiens catholiques suffisent. N'en croyons même pas Guichardin, qu'on accuse, quoique italien, d'être un historien anti-papiste; il ne faut que le témoignage du grave et impartial Muratori pour nous prouver que le règne de ce chef de la religion romaine ne fut pas seulement l'époque, mais la cause du terrible échec qu'elle reçut. Il avoue [22] les funestes effets du commerce des indulgences dans toute l'étendue de la chrétienté d'occident, et de leur vente publique à bureau ouvert, pour fournir aux jouissances du pontife et à ses profusions toutes mondaines. «Enfin négligeant, dit-il, ce qui devait être sa principale affaire, Léon se mit à vivre tout-à-fait en prince séculier, à tenir une cour d'une magnificence extraordinaire, à se livrer sans cesse aux divertissements, à la chasse, aux festins, à la musique, et à des dissipations qui firent croître à un point excessif le luxe des Romains [23]

[Note 22: ] [ (retour) ] Ann. d'Ital., an. 1516 et 1518.

[Note 23: ] [ (retour) ] Ibid., an. 1521.

Sa politique n'était pas plus conforme que sa morale à l'Évangile, dont il était le premier ministre, et l'une contribua aussi peu au bonheur de l'Italie et de l'Europe, que l'autre à l'édification de Rome. Possédé de l'ambition de faire de son frère et de ses neveux des princes souverains, c'est cette vanité qui dirigea toujours sa conduite ambiguë, qui lui fit méditer de loin l'asservissement de Florence sa patrie, et l'envahissement du duché de Ferrare; qui le rendit l'injuste persécuteur du duc d'Urbin, et les armes à la main, les foudres de l'Église à la bouche, l'implacable usurpateur de ses états; qui lui fit embrasser alternativement le parti des Impériaux et des Suisses contre les Français, et celui des Français contre les Impériaux et les Suisses [24]. Il fut l'un des principaux instigateurs de la guerre qui s'alluma entre Charles V et François Ier.; et ce fut dans l'espérance d'obtenir du vainqueur de petits états pour sa famille, et même pour son frère Julien le royaume de Naples, qu'il contribua si activement à ouvrir pour l'Italie cette source féconde de malheurs. Les Français, vaincus et chassés de Milan, furent pour lui le sujet d'un vrai triomphe. Il ordonna des fêtes magnifiques; il accourut à Rome pour y présider; tout à coup elles furent troublées par sa maladie: cinq jours après il n'était plus. Il mourut à quarante-six ans, de poison, selon quelques historiens; d'autres laissent soupçonner des causes plus honteuses: quoi qu'il en soit, le coup fut si imprévu et le trait si rapide, qu'il expira sans avoir pu, lui, chef de l'Église, en recevoir les sacrements [25].

[Note 24: ] [ (retour) ] Voyez tous les historiens.