[Note 25: ] [ (retour) ] Muratori, ann. 1521. Guichardin (Istor. d'Itat., l. XIV) dit que la nuit même qui suivit cette nouvelle de la défaite des Français, la fièvre le prit, qu'il se fit porter à Rome le lendemain, et qu'il mourut quelques jours après. Il suit en cela Paul Jove. Celui-ci (Vita Leonis X, lib. IV) indique une cause fort naturelle de cette fièvre dont le pape fut pris si subitement. Nam eo triduo, dit-il, litteræ de Helvetiorum ambiguâ fide acceptæ animum incertâ et ancipiti spe victoriæ suspensum solicitis cogitationibus excruciarant. Dans cette disposition d'esprit et dans l'état où le tenaient toujours son goût pour les plaisirs et des infirmités secrètes, il n'est pas étonnant qu'un excès de joie ait causé une révolution mortelle. Quant aux sacrements qu'il ne reçut point, Paul Jove ne le dit pas aussi expressément que Muratori, mais on le conclut de ce qu'il dit. Paucis tamen horis quam è vitâ migraret, supplex, junctisque manibus, atque oculis in cœlum piè conjectis (vous croiriez qu'il va demander les sacrements), Deo gratias egit, constantissimè professus se vel funestum morbi exitum æquo pacatoque animo laturum, postquam Parmam Placentiamque sine vulnere recuperatas, honestissimâ de superbo hoste partâ victoriâ, conspiceret. (Ub. supr.)
C'est à l'histoire à raconter tous ces faits, à montrer, dans les grands scandales de ce règne, l'origine du grand mouvement que reçut alors l'esprit humain, et dans les abus trop éclatants d'un joug sacré, la principale cause qui engagea des nations entières à le briser. Ce mouvement ne s'étant point communiqué sensiblement à l'Italie, ne doit pas, quelque importance qu'il ait eue ailleurs, entrer dans le tableau que nous avons à tracer. Nous ne devons considérer ici, dans Léon X, que le bienfaiteur des lettres et des arts. Il offre, sous ce seul aspect, assez de matière à nos observations.
Dès le moment de son élection, il annonça que le règne du bon goût commençait, en prenant pour secrétaires, Sadolet et Bembo, qui avaient enfin redonné à la langue latine son élégante pureté. Il voulut que ses lettres et ses brefs ne fussent plus écrits en latin de la Daterie, mais en latin de Cicéron. Il existait encore un de ces Grecs qui avaient transporté en Europe, après la ruine de leur patrie, les trésors de leur langue et de leur savoir. Jean Lascaris avait été en faveur auprès de Laurent de Médicis, père de Léon; Charles VIII l'avait amené en France; Louis XII l'envoya en ambassade auprès de la république de Venise. Quand le roi et la république se brouillèrent, Lascaris resta à Venise, où il vécut en simple particulier, et sans doute en enseignant, comme autrefois, la langue grecque [26]; car ce qu'il y a souvent de plus heureux pour l'homme de lettres honnête homme, qui consent à se charger d'emplois publics, c'est de se retrouver, après les avoir perdus, avec les mêmes moyens d'exister par son travail qu'il avait avant de les prendre. Le pape concerta avec ce savant l'exécution d'un dessein digne de son amour pour les lettres, et le meilleur qu'il pût concevoir pour répandre le goût et la connaissance de la langue grecque. Il fit venir à Rome, par le grec Marc Musurus, dix jeunes gens de familles nobles de la Grèce, et les remit entre les mains de Lascaris, qu'il chargea de les instruire à fond dans la littérature grecque et latine, et d'en former une espèce de collége, où les Italiens pourraient apprendre parfaitement le grec [27]. Les langues orientales, jusqu'alors négligées, cessèrent de l'être; l'hébreu, le chaldéen, le syriaque, furent enseignés publiquement par des savants italiens, encouragés à ces études difficiles par les bienfaits de Léon X [28].
[Note 26: ] [ (retour) ] Tiraboschi, t. VII, part. II, c. 2; Hodius, de Græcis illustribus, etc.
[Note 27: ] [ (retour) ] Voyez Lettres de Bembo écrites au nom de Léon X, l. IV, ép. 8, à Marc Musurus.
[Note 28: ] [ (retour) ] Voyez Tiraboschi, t. VII, part. II, l. IV, p. 11.
Il ranima l'université de Rome, qu'on avait laissé périr; il y appela de toutes parts les plus habiles professeurs, et lui rendit ses revenus que Jules II avait appliqués aux dépenses de la guerre. Il établit à Rome une imprimerie uniquement destinée aux livres grecs, et dont la direction fut confiée à Lascaris. Ce fut alors que ce savant, qui avait déjà donné à Florence sa belle édition de l'Anthologie grecque, fut en état de publier à Rome d'autres éditions précieuses [29], dans le loisir et avec les secours qu'il dut à la générosité de Léon X [30]. Le pape accorda une protection spéciale à l'académie romaine, où se réunissaient la plupart des savants qu'il avait appelés auprès de lui, et dont les assemblées, étrangères au pédantisme du siècle précédent, respiraient la gaîté et l'urbanité la plus aimable. Ses épîtres à quelques-uns de ces savants, dans le recueil de celles du Bembo, et sa correspondance avec le célèbre Erasme, que l'on trouve parmi celles d'Erasme lui-même [31], nous montrent ce pontife, qui semble devenu celui des lettres, sans cesse occupé à favoriser, à honorer ceux qui les cultivent, et à récompenser leurs travaux. Il plaça Béroalde le jeune à la tête de la bibliothèque Vaticane, qu'il enrichit d'un grand nombre de livres et de manuscrits. Il n'épargnait aucune dépense, aucune démarche auprès des puissances étrangères, pour faire chercher dans les pays éloignés, et jusque dans les états du Nord, des livres anciens encore inédits. Les manuscrits étaient déposés dans la bibliothèque pontificale, et l'impression en répandait la jouissance dans tout le monde savant.
[Note 29: ] [ (retour) ] Les Scholies sur l'Iliade, les Questions homériques de Phorphyre, et d'anciennes Scholies sur les sept tragédies de Sophocle; Tiraboschi et Hodius, ub. supr.
[Note 30: ] [ (retour) ] Nous verrons ailleurs quelle fut l'influence de cette générosité de Léon sur l'étude et sur la propagation de la langue grecque, et l'heureux effet de l'exemple qu'il avait donné.
[Note 31: ] [ (retour) ] Epistol. Erasmi, vol. I, ép. 178, 193, etc.