[Note 243: ] [ (retour) ] British Museum, manuscrit Harl., 978, 107.
[Note 244: ] [ (retour) ] «La ressemblance entre les deux langues est encore telle, dit M. Warton (Dissertation citée), que lors de notre dernière conquête de Belle-Isle, ceux de nos soldats qui étaient du pays de Galles étaient entendus des paysans.»
En Bretaigne un chevalier
Pruz et curteis, hardi et fier....
..................................
Il tient son chemin tut avant,
A la mer vient, si est passez,
En Totaneis est arrivez.
Plusurs reis ot en la terre,
Entre eus eurent estrif et guerre,
Vers Excestre en cil païs.
..........................
La chambre est peinte toute entur.
Venus la devesse d'amur
Fu tres bien dans la peinture.
Le traiz mustrés e la nature
Coment hum deit amur tenir
E lealment e bien servir,
Le livre Ovide ou il enseine, etc.
Ces trois passages et d'autres encore, cités par M. Warton (ub. supr., p. 3, notes), et tirés du recueil conservé dans le Musée britannique, sont écrits en français du douzième et du treizième siècles, et point du tout en breton ou celtique, qui est encore aujourd'hui le même qu'il était alors.
[Note 246: ] [ (retour) ] A la fin de plusieurs chants ou lais de ce même recueil, il est dit, ajoute M. Warton, que ce sont des poètes de Bretagne qui les ont faits; et il y en a un qui finit ainsi:
Que cest kunte ke oï avez
Fut Guigemar le lai trovez,
Q'hum fait en harpe e en rote;
Bone en est à oïr la note.
(Ibidem.)
Ces quatre vers sont français. Ils terminent le lai de Gagemer, l'un de ceux que contient le manuscrit 7989-2 de notre Bibliothèque impériale. Marie de France, qui en est l'auteur, le donne pour traduit, ainsi que plusieurs autres, de l'original breton. L'on verra bientôt plus clairement ce que c'était que ces traductions.
[Note 247: ] [ (retour) ] Warton, ub. supr., p. 7 et 7.
Mais voici un monument dont les Bretons paraîtraient avoir plus de droit de se vanter. Vers l'an 1100, Walter ou Gualter, savant archidiacre d'Oxford, voyageant en France, se procura en Bretagne une ancienne chronique écrite en breton ou en langage armoricain, intitulée: Bruty-Brenhined, ou Brutus de Bretagne. Il apporta ce livre en Angleterre et le communiqua au célèbre Geoffroy de Monmouth [248], bénédictin gallois, très-savant dans la langue bretonne, qui le traduisit en latin. Geoffroy ne dissimule pas, au commencement de son livre, qu'il y avait ajouté, sur le roi Artus, diverses traditions qu'il tenait de son ami Gualter, et que celui-ci avait probablement recueillies, soit dans le pays de Galles, soit en Bretagne [249]. Le sujet de cette chronique, dépouillé de tous ses ornements romanesques, est la descendance des princes welches ou gallois, depuis le troyen Brut ou Brutus, jusqu'à Cadwallader, qui régnait au septième siècle. C'était alors une manie généralement répandue chez les peuples de l'Europe, de vouloir descendre des Troyens, et nos anciens chroniqueurs n'ont pas manqué de revendiquer pour nous la même origine [250]. Il est impossible de fixer au juste le temps où fut écrit l'original breton de cette histoire; mais de fortes raisons portent à croire qu'elle était faite de plusieurs morceaux composés en différents temps, et qu'ils le furent tous du septième au neuvième siècle [251].
[Note 248: ] [ (retour) ] Geoffroi était archidiacre de Monmouth; il fut ensuite fait évêque de St.-Asaph, au pays de Galles, en 1151. Quelques auteurs l'ont appelé Geoffroy Arthur, à cause de l'emploi qu'il avait fait dans son ouvrage des fables du roi Arthur.
[Note 249: ] [ (retour) ] C'est là ce que dit M. Warton, ub. supr. Mais dans les deux éditions de Paris du livre de Geoffroy, dont je me suis servi, je n'ai point trouvé ces aveux; ces éditions ont pour titre: Britannœ utriusque regum et priacipum origo et gesta insignia ab Galfrido monemutensi ex antiquissimis Britannici sermonis monumentis in latinum traducta. Parisiis, apud Jodocum Badium Ascensium, 1508, in-fol.; 1517, pet. in-4°. Geoffroy dit dans sa dédicace à Robert, duc de Glowcester, fils naturel du roi Henri I, que c'est Gualter lui-même qui l'a prié de traduire en latin cette très-ancienne histoire, qui contient les annales de la Grande-Bretagne, depuis Brutus Ier., roi des Bretons, jusqu'à Cadwallader, dont il place la mort au 1er. mai 689 (l. IX, ch. 6, vers la fin, édit. de 1517, fol. ci). Il ajoute qu'il a fait cette traduction sans vouloir ajouter aucun ornement oratoire à la simplicité de l'original, dans la crainte que les lecteurs ne lui reprochassent d'avoir voulu plutôt briller par un beau style, que rendre cette histoire intelligible pour eux. Il n'y a que les prophéties de Merlin qu'il avoue avoir ajoutées, à la prière d'Alexandre, évêque de Lincoln, un de ses protecteurs, mais qu'il dit traduire aussi du langage breton en latin. Prophetias Merlini de Britannico in latinum transferre. Voyez prologue du IVe. livre, ub. supr., fol. Lii.
[Note 250: ] [ (retour) ] Voyez Hunibaldus Francus qui écrivit au sixième siècle une Histoire de France, commençant au siége de Troie, et finissant au règne de Clovis. Scriptores Rerum Germanic., recueillis par Simon Schardius, t. I, p. 301, éd. de Bâle, 1574, in-fol.
[Note 251: ] [ (retour) ] Voyez ces raisons dans la dissertation ci-dessus de M. Warton, p. 9 et suiv. Il en résulte, contre l'opinion de cet auteur, que ce n'est pas des Arabes que les Bretons avaient reçu les fictions dont cette histoire est remplie, puisque leurs conquêtes en Espagne ne datent, comme Huet l'a fort bien observé, que du huitième siècle. On verra plus bas une origine plus vraisemblable de ces fictions.