[Note A: ] [ (retour) ] The Odes of Taliessin or Aneurin. (Loc. cit.)

L'autre source encore plus abondante est l'histoire, non moins fabuleuse, de Charlemagne et de ses douze paladins [260]. Ici l'archevêque Turpin est, pour la France, ce que Geoffroy de Monmouth est pour l'Angleterre; mais avec cette différence qu'il n'est même pas vrai que ce Turpin ait jamais écrit. La Vie de Charlemagne et de Roland, qu'on lui attribue [261], contient principalement la dernière expédition de cet empereur contre les Sarrasins d'Espagne, et la défaite de son arrière-garde à Roncevaux, où périt le fameux Roland par la trahison de Gannelon de Mayence. Dans cette Vie, que l'on suppose écrite au neuvième siècle, se trouvent quelques fictions assez conformes à celles de l'histoire de Geoffroy de Monmouth, et qui peuvent avoir la même origine, quoique la plupart tiennent encore plus des contes de la légende que des contes arabes. Mais, outre les apparitions, les prophéties et les miracles de saints, qui sont de la première espèce, on y voit des miracles de la féerie, des armes enchantées, et un géant invulnérable, qui appartiennent à la seconde. L'épée de Roland ne peut être brisée; c'est cette fameuse Durenda, que nous appelons Durandal, ainsi nommée, dit le chroniqueur, à cause des rudes coups qu'elle porte [262]; mais le géant Ferragut, à qui il a affaire, ne peut être blessé qu'au nombril. C'est là que Roland a l'adresse de le frapper, et il le tue.

[Note 260: ] [ (retour) ] Du mot latin palatini, parce qu'ils étaient, à Paris, logés dans le palais du roi. Furono detti paladini, dit le Pigna, perciò che erano del palagio reale, etc. (De' Romanzi, p. 48.)

[Note 261: ] [ (retour) ] J. Turpini Histor. de Vitâ Karoli magni et Rolandi.

[Note 262: ] [ (retour) ] Durenda interpretatur durus ictus, c. 22, éd. de Schardius. Le nom du géant est aussi significatif; Ferracutus, de ferrum acutum, fer aigu; nous en avons fait Ferragus, qui ne signifie rien, et les Italiens Ferraù, aussi insignifiant et plus barbare.

L'opinion la plus commune aujourd'hui est que cette chronique fabuleuse fut écrite, long-temps après, par un moine, sous le nom de Turpin. Voltaire, dit M. Warton, et ces paroles sont remarquables dans un savant tel que lui [263] , Voltaire, écrivain dont les recherches sont beaucoup plus profondes qu'on ne l'imagine, et qui a développé le premier, avec pénétration et intelligence, la littérature et les mœurs des siècles barbares, a dit, en parlant de cette histoire de Charlemagne: «Ces fables, qu'un moine écrivit au onzième siècle sous le nom de l'archevêque Turpin [264]

[Note 263: ] [ (retour) ] Voltaire a writer of much deeper research than is imagined, and the first, who has displayed the litterature and customs of the dark ages with any degree of penetration and comprehension. (Dissert. I, p. 18.)

[Note 264: ] [ (retour) ] Essai sur les Mœurs et l'Esprit des Nations, à la fin du ch. 15, t. II, p. 54; t. XVII des Œuvres complètes, édit. de Khel, in-12.

On pourrait même croire qu'elles ne furent écrites qu'après les croisades; le prétendu pélerinage de Charlemagne au saint sépulcre [265], et les armes et machines de guerre décrites en quelques endroits, et qui ne furent connues en Europe qu'après ces expéditions lointaines, autoriseraient suffisamment à le penser. Cependant, il est certain que ces fables existaient au commencement du douzième siècle, puisque le pape Calixte II, sans craindre de compromettre son infaillibilité, prononça, en 1122, que c'était une histoire authentique [266].

[Note 265: ] [ (retour) ] Et qualiter Romœ imperator fuit, et dominicum sepulchrum adiit, et qualiter lignum dominicum secum attulit. (Ch. 20, fol. 8, verso, de l'éd. de Schardius, Francfort, 1566, in-fol.)