[Note 285: ] [ (retour) ] Warton, ub. supr., p. 65; Mallet, introd., etc., ch. 12, p. 273.
[Note 286: ] [ (retour) ] Voyez ce qu'il dit de la prophétesse Velleda, Hist., l. IV, et des femmes en général, de Morib. German.
[Note 287: ] [ (retour) ] Dion parle de la vierge Ganna, prophétesse des Maréomans, l. LXVII. Voyez aussi Strabon, Géogr., l. VIII, où il parle des femmes qui présidaient aux assemblées des Cimbres, lesquels étaient une tribu scandinave, etc.
Cette déférence et ces égards, sources de l'esprit de galanterie, se faisaient principalement remarquer dans la force, et, si l'on peut parler ainsi, dans l'exagération des idées que les nations du Nord s'étaient faites de la chasteté des femmes [288]. C'était ce qui inspirait aux amants tant de dévouement pour leurs maîtresses, tant de zèle à les servir, des attentions et des égards si multipliés pour elles, enfin un degré de passion et de sollicitude amoureuse proportionné à la difficulté de les obtenir. Le mérite par excellence était alors la supériorité dans le métier des armes; le rival le plus sûr de l'emporter aux yeux de sa dame était le plus brave guerrier. Alors la valeur fut inspirée, exaltée par l'amour. En même temps que cet enthousiasme héroïque obtenait des préférences auprès des femmes, il veillait à leur sûreté, à leur défense. Il les protégeait dans un siècle de meurtres, de rapine et de piraterie, quand leur faiblesse était exposée à des attaques inattendues et à de continuels dangers. Cette protection, qui semblait leur être offerte pour qu'au milieu de tant de périls elles pussent demeurer chastes, les engageait à l'être, élevait leur ame, et leur inspirait un juste orgueil. Elles s'habituèrent à exiger qu'on ne les abordât qu'avec des termes de soumission et de respect; elles l'exigèrent surtout de leurs protecteurs. Parmi les Scandinaves, qui aimaient passionnément à renfermer dans la mesure du vers le récit de toutes les aventures, ces nobles galanteries durent devenir le sujet de leurs poésies, et recevoir l'embellissement de leurs fictions.
[Note 288: ] [ (retour) ] In those strong and exaggerated ideas of female chastity (Warton, ub. supr., p. 67.)
Chez eux cependant, la chevalerie n'existait encore que dans ses éléments. Ce fut sous le régime féodal, qui s'établit peu de temps après en Europe, qu'elle reçut une vigueur nouvelle, et qu'elle fut revêtue de toutes les formes d'une institution régulière. Les effets de cette institution sur les mœurs sont connus. Ceux que produisirent les croisades, qui suivirent de près, ne le sont pas moins. La chevalerie fut alors consacrée par la religion, dont l'autorité se répandit en quelque sorte sur toutes les passions et sur toutes les institutions de ces siècles superstitieux. C'est ce qui composa ce mélange singulier de mœurs contradictoires où l'on voit confondus ensemble l'amour de Dieu et l'amour des femmes, le zèle pieux et la galanterie, la dévotion et la valeur, la charité et la vengeance, les saints et les héros [289].
[Note 289: ] [ (retour) ] Id. ibid., p. 71.
De toutes ces observations, M. Warton conclut, et nous conclurons avec lui, que parmi les ténèbres de l'ignorance, à l'époque de la crédulité la plus grossière, le goût des merveilles et des prodiges, dont les fictions orientales sont remplies, fut d'abord introduit en Europe par les Arabes; que plusieurs contrées étaient déjà préparées à les recevoir par la poésie des Scaldes du Nord, qui peut-être dérivait originairement de la même source; que ces fictions, qui s'accordaient avec le ton des mœurs régnantes, conservées et perfectionnées dans les fables des troubadours et des trouvères, se concentrèrent, vers le onzième siècle, dans les histoires chimériques de Turpin et de Geoffroy de Monmouth, premiers auteurs qui aient parlé de ces expéditions supposées de Charlemagne et du roi Arthur, devenues le fondement et la base de ces sortes de narrations fabuleuses qu'on appelle romans; enfin, qu'agrandies et enrichies ensuite par des imaginations qu'échauffait l'ardeur des croisades, elles produisirent, à la longue, cette espèce singulière et capricieuse d'inventions qui a été mise en œuvre par les poëtes italiens, et qui forma la machine poétique, ou le merveilleux de leurs compositions les plus célèbres.
On voit donc dans la Perse, comme Saumaise l'a prétendu le premier, la source commune et primitive de ce merveilleux qui emploie les génies, les fées, les géants, les serpents, les dragons ailés, les griffons, les magiciens, les armes enchantées, à la place des machines poétiques de l'ancienne mythologie. Ce genre de merveilleux passa de la Perse chez les Arabes d'un côté, et de l'autre chez les Scythes asiatiques qui confinaient à la Perse. L'émigration de ces peuples dans le pays des Scandinaves y porta ces fictions, et les conquêtes des Arabes les firent passer en Espagne. De ces deux points si éloignés, elles se répandirent d'abord dans les parties de l'Europe les plus voisines; elles se rejoignirent enfin et se fondirent en un seul systême poétique, avec les diverses modifications qu'elles avaient reçues de deux grandes institutions, le christianisme et la chevalerie.
En lisant les extravagances dont les poëmes romanesques sont remplis, on ne leur supposerait pas une origine si respectable, du moins par son antiquité, ni si intéressante par les vicissitudes qu'elles ont éprouvées dans leurs développements et dans leurs cours. Ce sont au moins des folies quelquefois aimables; et il en est de plus tristes dont il faut aller chercher aussi loin, et dans une antiquité non moins reculée, la naissance et la filiation.