[Note 300: ] [ (retour) ] Adenès, surnommé le Roi, soit parce qu'il était roi d'armes du duc de Brabant, soit plutôt parce qu'il avait été couronné à Valenciennes dans une cour d'amour. Outre Berthe au grand pied, on a de lui le fameux roman de Cléomadès et celui d'Ogier le Danois; les Bénédictins, auteurs de l'Histoire littéraire de la France, lui attribuent même les Quatre Fils Aymon, Renaud de Montauban, Maugis d'Aigrement, et quelques autres.
[Note 301: ] [ (retour) ] De 1270 à 1285.
[Note 302: ] [ (retour) ] On en trouve l'extrait, Bibliothèque des Romans, premier volume d'octobre 1777, d'après un manuscrit qui nous est inconnu.
[Note 303: ] [ (retour) ] Sous le règne de Louis IX.
Devenues populaires en France, ces deux fictions passèrent en Espagne: peut-être même y avaient-elles pénétré dès auparavant; et si c'est trop de dire que la chronique attribuée à Turpin y avait pris naissance, on peut croire au moins qu'elle ne tarda pas à être connue dans ce pays, dont la conquête en est le principal sujet, et dont S. Jacques en Galice, premier agent surnaturel de cette fable, est le patron. Et cette fable, et toutes les autres, ne circulèrent pas impunément au milieu d'un peuple à imagination romanesque, et chez qui les fictions orientales étaient devenues presque indigènes. Les faits d'armes des douze Pairs et de la Table ronde y prirent de nouveaux accroissements, et l'on y vit, sinon éclore, du moins se développer et s'accroître, comme pour rivaliser avec l'Angleterre et la France, la troisième branche de romans poétiques, la brillante et intéressante fable d'Amadis.
Au reste, l'Angleterre, l'Espagne et la France peuvent se disputer tant qu'on voudra l'invention de ces romans de chevalerie et de féerie: ce qui en fait le grand intérêt pour nous n'appartient ni à l'une ni à l'autre; toutes trois ont fourni matière à ce qu'ils ont d'historique et d'héroïque; toutes trois y ont pour ainsi dire établi les premiers fondements et les bases du merveilleux; mais l'Italie a sur toutes les trois l'avantage d'avoir donné la première à ces romans une existence durable par les formes épiques dont elle les a revêtus, par les nouveaux trésors de l'imagination qu'elle a su y répandre, et par toutes les richesses de style d'une langue poétique et fixée.
Des deux premières branches de romans dont nous avons parlé, on ne peut nier que celle des romans français n'ait sur l'autre un grand avantage; les douze Pairs de Charlemagne, armés pour délivrer la France et l'Europe de la tyrannie des Sarrasins, sont plus intéressants que les chevaliers d'Arthur, cherchant le saint Graal, c'est-à-dire, le plat ou l'écuelle dans laquelle J.-C. avait mangé, et dont avait hérité Joseph d'Arimathie; courant, pour la conquérir, les plus périlleuses aventures, et finissant par se faire moines ou ermites. Il est vrai que si les travaux des chevaliers de la Table ronde et ceux des douze Pairs se ressemblent si peu par leur objet, les chevaliers des deux ordres se ressemblent beaucoup par leur vaillance, leur galanterie et leurs exploits; et que les premiers auteurs de ces romans y ont à peu près également répandu le merveilleux de la féerie et l'intérêt des épisodes d'amour. Il faut pourtant que la fable de Charlemagne ait eu un attrait plus puissant que celle du roi Arthur, sur les imaginations italiennes, puisque les connaissant toutes deux par d'anciennes traductions, elles s'exercèrent long-temps sur Charlemagne et sur le brave Roland, avant de s'occuper de Lancelot, de Gyron le Courtois, et de quelques autres chevaliers de la Table ronde.
Roland, et les autres paladins, devinrent nationaux, ou du moins populaires, en Italie, autant qu'ils l'étaient en France même. Les poëtes se piquèrent d'enchérir les uns sur les outres, et il y eut une sorte d'émulation à qui attribuerait à cet invincible Roland les exploits et les aventures les plus extraordinaires. Il fut l'Hercule moderne sur qui l'on accumula des merveilles qui auraient suffi pour vingt autres héros. Il subit le sort assez commun aux personnages célèbres, d'être chanté par des poëtes qui ne méritaient pas tous d'être les échos de sa gloire; mais après avoir amusé le peuple par des récits grossiers, dont les auteurs mêmes sont inconnus, il eut dans le Pulci et dans le Bojardo des chantres plus dignes de lui; et lorsqu'il fut enfin célébré par le grand Arioste, quand l'Homère de Ferrare eut réuni à tous les charmes des fictions romanesques, la noblesse et l'éclat de la trompette épique, le nom de Roland n'eut plus rien à envier à celui d'Achille.
Mais avant que nous puissions voir le génie épique italien dans ce dernier développement de sa richesse, il faut revenir sur nos pas, examiner avec quelque attention quelles avaient été ses premières tentatives et quels furent ses progrès, avant que le Roland furieux se fût placé dans l'épopée romanesque, comme un terme au-delà duquel il a été défendu au génie moderne de s'élancer.