[Note 404: ] [ (retour) ]

E so che andar diritto mi bisogna

Ch' io non ci mescolassi una bugia,

etc. (St. 116.)

[Note 405: ] [ (retour) ] Ibid., st. 117.

Ce que notre poëte dit avoir trouvé dans Arnauld le Troubadour est une folie très-singulière, et comme nous n'avons pas les poésies épiques ou narratives de cet Arnauld, nous ne savons pas si c'est en effet à lui qu'il en a dû l'idée. L'enchanteur Maugis, voyant la crédulité de Charlemagne, en prévoit les funestes suites. Il voudrait qu'au moins Renaud et ses frères, absents depuis si long-temps, revinssent en France, où l'on allait avoir grand besoin de leur secours. Il charge Astaroth, le plus habile et le plus fort de ses démons, de voler en Égypte, où ils sont en ce moment, d'entrer dans le corps du cheval Bayard, de faire en sorte que Renaud monte sur lui, et de l'apporter en trois jours à Roncevaux avec son frère Richardet.

Avant qu'Astaroth le quitte pour exécuter ses ordres, Maugis lui demande s'il prévoit ce qui doit arriver de toute cette affaire. Le Diable ne sait trop que lui en dire: «Les voies du ciel nous sont fermées, dit-il; nous voyons l'avenir, mais comme les astrologues, comme plusieurs savants parmi vous; car si nous n'avions pas les ailes coupées, il ne nous échapperait ni un homme ni un animal [406]. Je pourrais te parler du vieux Testament, de ce qui est arrivé dans les temps passés, mais tout ne parvient pas à notre oreille. Il n'y a qu'un seul Tout-Puissant, en qui le futur et le passé sont présents comme dans un miroir. Celui qui a tout fait est le seul qui sache tout, et il y a des choses que son fils même ne sait pas [407].» Cette proposition étonne et scandalise Maugis. «C'est, lui dit Astaroth, que tu n'as pas bien lu la Bible: il me paraît, que tu n'en fais pas grand usage. Le Fils, interrogé au sujet du grand jour, ne répond-il pas que son père seul sait cela [408]

[Note 406: ] [ (retour) ] Ibid., st. 135.

[Note 407: ] [ (retour) ]

Colui che tutto fè sa il tutto solo,

E non sa ogni cosa il suo figliuolo.

(St. 136.)

[Note 408: ] [ (retour) ]

Disse Astarotte: tu non hai ben letto

La Bibbia, e par mi con essa poco uso;

Che interrogato del gran dì il figliuolo

Disse che il padre lo sapeva solo.

(St. 141.)

Il entre ensuite dans de longues explications sur la Trinité, sur l'essence et la substance des trois personnes. «Encore une fois, le Père qui a tout créé peut seul tout savoir, et n'étant plus de ses amis, comme il en avait été autrefois, il ne peut voir avec lui dans le miroir de l'avenir. Si Lucifer avait été mieux instruit, il n'aurait pas fait sa folle entreprise, et ils n'auraient pas été tous avec lui précipités dans l'enfer.» Cela conduit Maugis à lui demander si Dieu connaissait d'avance la révolte qu'ils devaient faire contre lui, et à parler de la prescience divine qui dans cette occasion ne s'accordait pas avec sa bonté et sa justice: enfin il se rend en forme l'accusateur de Dieu; et ce qu'il y a de bizarre, c'est que c'est le Diable qui s'en établit le défenseur, et qui soutient, comme l'aurait pu faire un franc théologien, la doctrine du libre arbitre [409].

[Note 409: ] [ (retour) ] St. 148 à 160.

Mais voici ce qui, dans un autre genre, doit paraître encore plus singulier que ce traité de théologie orthodoxe mis dans la bouche du Diable. Astaroth obéit, va chercher Renaud et Richardet en Égypte, leur annonce sa mission, entre dans Bayard, Farfadet son camarade dans Rabican, cheval de Richardet, et tous deux emportent à travers les airs les deux chevaux et les deux frères. Ils voyageaient depuis deux jours lorsqu'ils arrivent au-dessus du détroit de Gibraltar. Renaud, reconnaissant ce lieu, demande à son démon ce qu'on avait entendu autrefois par les Colonnes d'Hercule. «Cette expression, répond Astaroth, vient d'une ancienne erreur qu'on a été bien des siècles à reconnaître. C'est une vaine et fausse opinion que de croire qu'on ne puisse pas naviguer plus loin. L'eau est plane dans toute son étendue, quoiqu'elle ait, ainsi que la terre, la forme d'une boule. L'espèce humaine était alors plus grossière. Hercule rougirait aujourd'hui d'avoir planté ces deux signes, car les vaisseaux passeront au-delà. On peut aller dans un autre hémisphère, parce que toute chose tend vers son centre, tellement que par un mystère divin, la terre est suspendue parmi les astres. Ici dessous sont des villes, des châteaux, des empires; mais ces premiers peuples ne le savaient pas..... Ces gens-là sont appelés Antipodes: ils adorent Jupiter et Mars; ils ont comme vous des plantes, des animaux, et se font aussi souvent la guerre [410]». Il faut, pour s'étonner comme on le doit de ce passage, se rappeler que Copernic et Galilée n'existaient pas encore, et que Christophe Colomb ne partit pour découvrir le Nouveau-Monde qu'en 1492, plusieurs années après la mort de l'auteur du Morgante.