[Note 438: ] [ (retour) ] C. VIII, st. 34, 35.
Turpin volendo poi tal question solvere
Scrisse che colui s'era fatto in polvere.
(St. 36.)
Ma poi ch'el non è articulo di fede
Tenete quella parte che vi piace
Che l'autor liberamente vel concede.
(St. 37.)
Ce que j'ai pu laisser entrevoir des plaisanteries répandues dans le Mambriano suffit pour prouver que le plus grand nombre n'est pas, à beaucoup près, d'un aussi bon genre. L'auteur était malheureux, pauvre et aveugle; il se consolait en mettant en vers toutes les folies qui lui venaient à l'esprit. Ce n'est pas sans doute ainsi que se consolait Homère; mais il y aurait une rigueur excessive à ne pas reconnaître dans ce poëme, à travers tout ce qu'il contient d'absurdités, de bizarreries et d'indécences grossières, de la verve, de la gaîté, un talent de peindre peu commun, et plusieurs des qualités qui constituent le génie poétique.
J'ai dit que ce poëte ne s'était pas soumis, comme le Pulci, à toutes les formes qu'il avait trouvées établies. La seule cependant dont il se soit dispensé est celle qui clouait, au début et à la fin de chacun des chants, une prière chrétienne. Il conserva bien l'usage d'adresser la parole à ses auditeurs, de les renvoyer d'un chant à l'autre, d'en finir un en leur annonçant ce qu'ils verront dans celui qui doit suivre; mais à la place des invocations pieuses, des oraisons et des textes bibliques, il imagina le premier de commencer tous ses chants par une invocation poétique, ou par une digression quelconque, relative, soit à l'action du poëme, soit à ses circonstances personnelles, ou à celles dont il était environné. C'est lui, en un mot, qui a fourni le premier modèle de ces agréables débuts de chant, que l'Arioste porta bientôt après à la perfection, comme toutes les autres parties du roman épique; c'est lui du moins qui essaya le premier de transporter chez les modernes le modèle que Lucrèce avait donné chez les latins, de cette forme poétique.
L'invocation de son premier chant est adressée à Clio, qu'il prie d'amener avec elle Euterpe et Polymnie [440]; celle du second l'est à Apollon [441]; une autre l'est à Mars [442]; une autre à Vénus [443]. Tantôt le poëte se recommande à cette puissance suprême de qui procède tout le bien qui est en nous [444]; tantôt, ayant à décrire les fêtes d'un grand mariage, il invoque deux fois le dieu d'Hymen [445]. Il termine un chant en disant qu'il ne peut plus chanter, tant il a soif [446]; il commence le suivant en avouant que Silène est venu à son secours, et lui a fait boire de très-bon vin, cueilli depuis plusieurs jours dans le jardin même de Bacchus, qu'il a ensuite bien dormi, et repris des forces pour continuer son histoire [447]. Il finit le treizième en disant que Renaud porte à Mambrien un coup si terrible, que lui, poëte, en quitte sa lyre de peur; et il dit en commençant le quatorzième, qu'ayant écarté la peur qui lui a fait déposer sa lyre, il la reprend pour raconter la suite de ce combat. Il vivait à Mantoue, sous les Gonzague; c'est pour eux qu'il composait ce poëme. Au début de son douzième chant, il apostrophe son génie. L'astre des Gonzague se lève plus brillant que jamais; il faut produire des fleurs et des roses poétiques, sous l'influence de ses rayons [448].
O Clio, se mai benigna ti mostrati
In alcun tempo, dimostrati adesso;
Fortifica il mio stil tanto che basti
E fa ch' Euterpe tua ti seda apresso, etc.
O sacro Apollo, tempra la mia cetra
Che possa raccontar le magne prove, etc.
[Note 442: ] [ (retour) ] C. V.
[Note 443: ] [ (retour) ] C. XV.
[Note 444: ] [ (retour) ] C. VII.