Dirò di tal che Dio sa se'l fu mai.
(St. 2.)
Ceci a rapport à l'expédition de Charles VIII en Italie. On voit qu'à l'approche des Français, les poëtes italiens décochèrent contre eux les traits impuissants de la satyre, et que notre poëte prit part à ce mouvement. Mais les succès de nos armes et la fureur des partis qui ne tarda pas d'éclater, l'obligèrent à faire retraite; il revint à son poëme; et, dans la crainte des véritables héros, il se remit à en célébrer d'imaginaires. C'était le parti le plus sage assurément; mais il ne s'en tint pas là: il voulut chanter le vainqueur de sa patrie; et le sort des armes ayant changé peu de temps après, il fallut, par une seconde palinodie, tâcher d'effacer la première. On le suit, presque chant par chant, dans ces vicissitudes embarrassantes; et l'on ne peut s'empêcher de reconnaître dans les divers degrés de son infortune, les suites de sa faiblesse et de sa versatilité.
Mais on reconnaît aussi le poëte dans la manière dont il les exprime. Tantôt il invoque l'étoile polaire, pour qu'elle vienne guider son frêle vaisseau, assailli par la tempête et poussé par l'impétuosité des vents, dans des régions où ne brille aucune étoile [454]; tantôt il s'adresse à Persée; il lui dit de remonter sur son cheval, et de faire jaillir une autre fontaine. Celle de l'ancien Parnasse ne suffit plus; et ce n'est plus assez des neufs sœurs; il lui faut une source plus profonde et des Muses plus ingénieuses et plus vives, pour célébrer un nouveau Charles, qui a fait, en si peu de temps, de si grandes choses, que si la fin répond au commencement, il effacera la gloire de César, de Pompée, de Fabius et de Scipion [455].
[Note 454: ] [ (retour) ] C. XXVII.
[Note 455: ] [ (retour) ] C. XXXI.
Cette galanterie est adressée à Charles VIII; mais dès le chant suivant, ce n'est plus que le brouillard gallican qui est descendu des montagnes, et qui a couvert de sa maligne influence toutes les plaines où le Tésin, le Tanaro, l'Adda et la Trébie, montrent leurs eaux teintes de sang. On lui dit cependant toujours qu'il faut qu'il chante les armes, les amours, les choses les plus agréables et les plus douces; mais le temps est si contraire au chant, que chacun de ses vers se résout en larmes [456]. L'hiver survient, et lui rend son entreprise encore plus difficile à suivre [457]. Il la suit cependant avec courage. Enfin, le printemps vient lui rendre le génie et la voix [458]; mais la guerre arrive encore avec le printemps: il faut qu'il chante au bruit des armes [459]. Ses malheurs deviennent plus insupportables; il est abandonné des Muses [460], des hommes et du ciel. La pauvreté d'un côté; de l'autre, les fureurs de la guerre l'enlèvent tellement à lui-même, que souvent il compose, il écrit, sans savoir s'il est mort ou vivant [461]. Mais enfin il avance dans son ouvrage; il le termine, et n'invoque plus au dernier chant que le secours des Muses [462].
[Note 456: ] [ (retour) ] C. XXXII.
[Note 457: ] [ (retour) ] C. XXXIV.
[Note 458: ] [ (retour) ] C. XXXV.
[Note 459: ] [ (retour) ] C. XXXVI.