[Note 460: ] [ (retour) ] C. XXXVII.
In modo che talor compono e scrivo
E non discerno s'io son morto o vivo.
(C. XXXVIII, st. 3.)
[Note 462: ] [ (retour) ] C. XLV.
Il eut à peine le temps de l'achever. La mort le surprit avant qu'il pût corriger son poëme et y mettre la dernière main [463]. Ce fut un de ses parents qui le publia quelque temps après; et ce qui est très-remarquable quand on a vu de quelle espèce d'ornements la fable du Mambriano est souvent embellie, il le dédia au cardinal Hippolyte d'Este, à ce même prélat pour qui l'Arioste composait alors son beau poëme, et qui, si l'on en croit un mot trop fameux [464], le jugea si sévèrement et si mal. L'éditeur affirme que l'intention de son malheureux parent était de changer tout le début de son premier chant, et de le consacrer à son Éminence dans des stances qu'il y comptait ajouter. Ce qu'il dit des bontés que le cardinal avait eues pour l'auteur, dans les derniers temps de sa vie, prouve que l'Aveugle de Ferrare, mécontent des Gonzague, s'était attaché à la maison d'Este, et plus particulièrement au cardinal Hippolyte; mais en cela, comme en tout le reste, il paraît que le changement ne put vaincre sa mauvaise fortune, et que Ferrare sa patrie ne lui fut pas plus favorable que Mantoue.
[Note 463: ] [ (retour) ] Charles VIII fit son expédition en 1494 et 1495. Il parait donc que le Cieco mourut vers la fin du siècle.
[Note 464: ] [ (retour) ] Voyez ci-après, chap. VII, Notice sur la Vie de l'Arioste.
CHAPITRE VI.
Fin des Poëmes romanesques qui précédèrent celui de l'Arioste; Orlando innamorato du Bojardo; analyse de ce poëme.
Ce fut dans une position bien différente de celle où était réduit l'Aveugle de Ferrare, que fut conçu dans le même pays le dernier poëme qui précéda celui de l'Arioste. Le comte Matteo Maria Bojardo, porté par sa naissance et par la faveur des ducs de Ferrare aux premiers emplois militaires [465], mêlant les travaux littéraires au métier des armes, les heureux dons du génie à ceux de la fortune, et doué d'une imagination qui ne fut jamais glacée par la pauvreté ni resserrée par le malheur, était autrement placé que l'infortuné Bello, pour donner à l'Italie un poëme où le merveilleux de la féerie fût enfin étalé dans toute sa richesse, et qui montrât complètement exécuté le système du roman épique, seulement ébauché jusqu'alors. Il ne lui manqua pour y réussir que plus de charme dans le style et une plus longue vie.