[Note 43: ] [ (retour) ] Id. ibid., et Tiraboschi, loc. cit.
Léon était sans cesse environné, assiégé et souvent importuné par des poëtes [44]. Il en admettait presque tous les jours à ses soupers, dont Paul Jove nous a laissé des descriptions curieuses [45]. Ces poëtes, il est vrai, étaient amis de Bacchus plutôt que des Muses; ils n'étaient là que pour servir de jouet, pour amuser le joyeux pontife et sa cour, par leurs querelles ridicules et par leurs vers plus ridicules encore. Giraldi, dans ses dialogues [46], nomme entre autres Jean Gazoldo et Jérôme Britonio, dont le pape ne se borna pas à se moquer pour leurs mauvais impromptus latins, mais à qui il fit plus d'une fois donner très-solennellement des coups de bâton, et qui devinrent, par leurs bastonnades et par leurs vers, la fable de toute la ville.
[Note 44: ] [ (retour) ] Voyez Pierii Valeriani Carmina, Venet, 1550, p. 28.
[Note 45: ] [ (retour) ] Ub. supr.
[Note 46: ] [ (retour) ] De Poëtis suorum temporum.
On parle aussi d'un certain Querno [47], doué d'une facilité extraordinaire et d'une effronterie non moins rare à débiter, avec emphase, ses détestables et interminables vers latins. Il était de Monopoli, dans les états de Naples, et vint à Rome au temps de Léon X, à l'âge de plus de quarante-cinq ans. Il se présenta avec un poëme d'environ vingt mille vers, intitulé Alexias, et sa lyre d'improvisateur. Sa large face, sa chevelure épaisse et toute son hétéroclite figure, le firent juger propre à ce qu'on voulait de lui. On en fit l'épreuve à un grand repas, dans une île du Tibre autrefois consacrée à Esculape. Tandis que Querno s'y montrait poëte et buveur également infatigable, quelques convives lui mirent gaîment sur la tête une couronne de pampre, de choux et de laurier, et le saluèrent par trois acclamations du titre nouveau d'archi-poëte. Il prit au sérieux tous ces honneurs, demanda d'être présenté au pape, et donna devant lui le plus libre essor à sa verve. Léon le trouva digne d'être admis à ses soupers. Là, il lui donnait de temps en temps quelques bons morceaux, que le poëte glouton dévorait debout auprès d'une fenêtre. Le pontife lui versait à boire dans son propre verre, mais à condition qu'il dirait sur-le-champ au moins deux vers sur le sujet qu'on lui proposerait, et que, s'il ne le pouvait pas, ou si les vers n'étaient pas trouvés de bon aloi, il serait obligé de boire son vin trempé de beaucoup d'eau.
[Note 47: ] [ (retour) ] Voyez Paul Jove et Giraldi, ub. supr.
Quelquefois le pape lui-même se divertissait à lui répondre en vers de la même mesure, et qui ne valaient pas mieux que les siens. On a conservé quelques-uns de ces jeux; par exemple, Querno disait:
Archipoëta facit versûs pro mille poëtis;
c'est-à-dire: