[Note 518: ] [ (retour) ] Elle danse devant lui, et chante les paroles, qui ont été imitées ou plutôt copiées par le Marini, dans son Adone:
Qualunque cerca al mondo haver tesoro
Over diletto, e segue honore e stato,
Ponga la mono a questa chioma d'oro
Ch'io porto in fronte, e lo farò beato, etc.
(St. 58.)
Voyez le premier chant de l'Adone, intitulé la Fortuna; st. 50.
[Note 519: ] [ (retour) ] C. IX, st. 6. Elle se nomme elle-même en italien, la Penitenza; en français, il m'a fallu substituer un autre nom.
Enfin il saisit Morgane, qui, du moment qu'elle est prise, se trouve sans défense contre lui [520]. Il lui demande la clef de ses prisons, qu'elle lui donne, après avoir obtenu pour toute grâce qu'en délivrant les chevaliers ses captifs, il lui laissera le beau Ziliant dont elle est éprise et qui est nécessaire à sa vie. Roland se défiant toujours d'elle, la mène avec lui jusqu'à la porte de la prison, la tenant par où il faut, dit-on, prendre l'Occasion et la Fortune, par le toupet [521]. Il ouvre la porte et remet en liberté les dames et les chevaliers. Parmi eux se trouvaient Brandimart, Dudon, les deux fils d'Olivier, et enfin Renaud lui-même, que des aventures extraordinaires avaient conduit dans les piéges de la fée. Chacun retrouve son cheval et ses armes. Ils partent tous pour la France. Roland seul est forcé par son amour pour Angélique à retourner vers le Catay [522].
[Note 520: ] [ (retour) ] St. 17.
[Note 521: ] [ (retour) ] Tenendo al zuffa tuttavia Morgana. (St. 26.)
[Note 522: ] [ (retour) ] Ibid., st. 47 et 48.
Ici l'on peut dire que toutes les richesses de la féerie sont déployées pour la première fois. Ce sont enfin les fictions orientales dans toute leur brillante déraison, et il ne paraît pas douteux que le Bojardo, très-savant dans les langues anciennes, ne connût aussi, ou la langue arabe, ou quelques traductions des contes ingénieux du peuple le plus conteur de la terre. Cette île de Falerine et de Morgane est le véritable modèle des îles enchantées d'Alcine et d'Armide, et il faut en convenir, ni l'Arioste, ni le Tasse n'ont eu, à beaucoup d'égards, dans leurs riches descriptions, d'autre avantage sur le Bojardo, que celui du style.
Le troisième fil de cette trame si compliquée et si étendue est attaché à Biserte en Afrique. Le jeune et puissant roi Agramant, qui prétend descendre d'Alexandre en droite ligne, et qui tient trente-deux rois sous son obéissance, les assemble dans un conseil et leur annonce qu'il a résolu de déclarer la guerre à Charlemagne et à ses paladins, pour venger la mort de Trojan son père, tué dans une des guerres précédentes en France par le comte d'Angers [523]. Ce projet déplaît aux vieux rois et plaît extrêmement aux jeunes. Parmi les premiers, on distingue le sage Sobrin, et parmi les autres, l'indomptable Rodomont. Mais enfin le parti est pris; les ordres pour le départ sont donnés. Alors le roi des Garamantes, vieillard versé dans la nécromancie, affirme qu'Agramant ne peut avoir aucun succès dans son entreprise, s'il n'emmène avec lui le jeune Roger, fils de Galacielle, sœur de son père Trojan. Cette tante d'Agramant était morte en mettant au jour, en même temps que Roger, une fille qui n'est pas moins belle. Ces deux enfants furent confiés au sage magicien Atlant, qui habite sur la montagne de Carène. Il y a nourri son pupille de moëlle et de nerfs de lions, et l'a élevé dans tous les exercices qui développent la force et le courage des héros [524]. Mais il ne veut point qu'il sorte de son asyle. Il sera difficile de trouver cette montagne, de pénétrer dans le château d'Atlant, et encore plus d'en tirer le jeune Roger, sans lequel cependant il ne faut absolument rien entreprendre.
[Note 523: ] [ (retour) ] C'est par cette nouvelle scène que s'ouvre le second livre; la généalogie d'Agramant, ses projets, le conseil qu'il assemble et les délibérations de ce conseil en remplissent le premier chant.
[Note 524: ] [ (retour) ] C. I, st. 74.