[Note 533: ] [ (retour) ] Elles sont à la fin du chant XXI.

L'orage qui se préparait depuis long-temps contre la France éclate enfin. Marsile et Gradasse d'un côté [534], Agramant et Rodomont de l'autre [535], avec d'innombrables armées, attaquent à la fois Charlemagne. Il fait tête de tous côtés avec ce qui lui reste de ses paladins. Les absents reviennent l'un après l'autre, et après des aventures diverses que l'imagination du poëte sait varier autant qu'elle les multiplie. Renaud était de retour l'un des premiers. Angélique en est instruite à Albraque où Roland était allé la rejoindre. Toujours éprise de Renaud, elle persuade à Roland qu'il doit retourner en France, et lui propose de l'accompagner [536]. Roland, qui ne sait qu'obéir et espérer, se met en route avec elle, Brandimart et sa fidèle Fleur-de-Lys; et les voilà aussi livrés aux rencontres et aux aventures. Roland, dans un si long voyage, sauve Angélique de plusieurs dangers, et content de s'entretenir avec elle, i! n'ose ni la toucher, ni rien faire qui puisse lui causer le moindre déplaisir. Le Bojardo témoigne assez que dans les mêmes circonstances, tout chevalier qu'il était, il n'en aurait pas fait autant, et fait voir d'un seul mot combien l'esprit de chevalerie était déchu au quinzième siècle. «Turpin, dit-il, qui ne ment jamais, racontant ce trait de son héros, dit avec raison qu'il fut un sot [537]

[Note 534: ] [ (retour) ] C. XXIII.

[Note 535: ] [ (retour) ] C. XXIX.

[Note 536: ] [ (retour) ] C. XIX. Nous remontons ici vers une partie de l'action que nous avions laissée en arrière pour mettre de suite des faits dépendants l'un de l'autre, et que le poëte a séparés. Notre marche doit être différente de la sienne, tâchons seulement que le lecteur suive l'une et l'autre à la fois.

[Note 537: ] [ (retour) ]

Turpin che mai non mente, di ragione

In cotal atto il chiama un babbione.

(C. XIX, st. 50.)

Enfin ils rentrent en France par la forêt des Ardennes. Ils s'arrêtent auprès de la fontaine de Merlin: c'était, comme on l'a vu, celle de la Haine. Angélique boit de son eau, et à l'instant l'ingrat Renaud lui paraît odieux; elle ne sait plus pourquoi elle est venue le chercher de si loin. De son côté Renaud, peu de jours auparavant, ayant donné rendez-vous à Rodomont pour se battre dans cette forêt, avait bu de l'autre fontaine, et lui qui haïssait tant Angélique, l'aime maintenant avec fureur. Il la rencontre avec Roland. Les deux cousins se défient au combat, et commencent à s'en livrer un des plus terribles [538]. Angélique effrayée s'enfuit selon sa coutume. C'est alors que Charlemagne, qui se trouve dans ces cantons, instruit par elle du duel de ses deux paladins, va les séparer lui-même, accompagné d'Olivier, de Naismes, de Salomon et de Turpin. Il remet Angélique entre les mains du vieux Naismes, et promet aux deux rivaux qu'il trouvera le moyen de les accorder, sans qu'aucun des deux puisse avoir à se plaindre de sa justice [539].

[Note 538: ] [ (retour) ] C. XX.

[Note 539: ] [ (retour) ] L'extrait du Roland amoureux, dans la Bibliothèque des Romans, porte que Charlemagne promit alors Angélique à celui des deux paladins qui ferait les plus grands exploits dans la bataille qu'il allait livrer aux Sarrazins. L'Arioste le dit positivement ainsi au commencement de son Roland furieux, c. I, st. 9; et, ce qu'il y a de plus singulier, la table des matières placée en tête du Roland amoureux, le dit aussi; cependant il n'y a pas autre chose que ce que je mets ici, soit dans le texte du Bojardo, soit même dans l'Orlando rifatto du Berni. Le Bojardo dit, c. XXI, st. 21:

Promettendo a ciascun di terminare

La cosa con tal fine e tal effetto

Che ogn' huom giudicarebbe veramente

Lui esser giusto ed huom saggio e prudente;

Le Berni, ibid., st. 24:

Promette a tutti due Carlo fare

La cosa riuscire a tale effetto

Che vedran quanto porta loro amore,

E come è soggio e giusto partitore.

Nous voilà au point d'où l'Arioste est parti pour commencer son poëme; mais ce n'est pas à beaucoup près celui où le Bojardo termine le sien. C'est ici au contraire que commence en quelque sorte le fort de son action. Les batailles succèdent aux batailles, entre les chrétiens et les Sarrazins. Les dangers sont grands, les exploits admirables, les aventures extraordinaires. Il est vrai que le sujet principal devient alors comme dans les poëmes précédents, la France attaquée par les Sarrazins, et défendue par Charlemagne et par ses preux. Roland et Renaud n'y paraissent plus que pour être la terreur des infidèles; et l'on perd absolument de vue Angélique, leur rivalité, leur amour. Ils ne sont plus rivaux que de gloire. Parmi les Sarrazins, le jeune Roger, à qui de grandes destinées sont promises, s'en montre digne par la valeur la plus brillante. Il ose combattre Roland lui-même, mais son âge encore faible trahissant son courage, il aurait succombé si le sage Atlant n'eût attiré Roland hors du combat, en lui présentant de loin le fantôme de Charlemagne attaqué à la fois par un grand nombre d'ennemis, et l'appelant à son secours [540]. Du côté des Français, Bradamante ne se montre pas moins intrépide que ses frères. Elle tient tête aux plus redoutables Sarrazins et même à Rodomont, le plus redoutable de tous [541].