[Note 554: ] [ (retour) ] 1. In Scandiano, per Pellegrino Pasquali, (sans date; mais elle doit avoir été faite vers 1495, par les soins du comte Camillo, son fils aîné, qui avait alors établi une imprimerie dans son fief de Scandiano. Tiraboschi, Bibliothèque Modanesse, t. I, p. 300.) 2. Venezia (aussi sans date, mais antérieure à 1500, id. ibid.) 3. Venezia, 1506, in-4º. 4, ibidem, 1511. 5. Mediolani, 1513, in-4º., etc.

[Note 555: ] [ (retour) ] Bibliothèque des Romans, novembre 1777, p. 115. Haym, Biblioth. ital., place en 1531 cette première édition de la continuation d'Agostini.

[Note 556: ] [ (retour) ] La première est de 1515 et 1516, la deuxième de 1521.

Les trois ou quatre différentes parties de l'action poétique que le Bojardo avait entrepris de mener de front ne se trouvent pas de suite dans son poëme comme je viens de les exposer. L'une est interrompue vingt fois par des incidents qui appartiennent à l'autre, et l'interrompt ensuite à son tour; quelquefois elles se croisent et s'entrelacent toutes de cette manière. C'est une des formes particulières du roman épique qui y fut introduite dès l'origine. Elle est très-commode pour le poëte, mais souvent elle devient fatigante pour le lecteur. Les anciens romanciers qui manquaient d'art, voulant embrasser un grand nombre d'événements et promener leurs héros dans toutes les parties du monde, trouvèrent cet expédient pour ne se pas occuper long-temps du même objet, et pour mener ensemble autant qu'ils voudraient d'actions diverses. Ils en commencent une, et la laissent pour s'occuper d'une seconde, qu'ils abandonnent pour une troisième. Renaud est-il en scène? Ne parlons plus de Renaud, disent-ils, et voyons ce que fait Roland. Est-ce Roland dont ils vous parlent? Ils le quittent, et courent à Balugan ou à Gradasse. Bradamante est-elle en péril? Elle saura bien s'en tirer; mais courons sur les pas d'Astolphe ou du magicien Maugis. D'un repas ils vous transportent à une bataille, de la description d'un jardin à celle d'un naufrage, et d'un bout de la terre à l'autre.

Depuis les premiers et informes essais de l'épopée romanesque, cela est ainsi. Beuves d'Antone, la reine Ancroja, la Spagna, le Morgante même, et à plus forte raison le Membriano, sont tous morcelés de cette manière. Nous avons déjà vu en quoi le Bojardo crut devoir imiter ses devanciers et en quoi il s'écarta d'eux. Apparemment il trouva cette méthode trop favorable pour ne la pas suivre; et comme l'intrigue de son Roland est plus compliquée que celle d'aucun des autres poëmes, il a plus souvent recours à cette formule. Ce n'est pas seulement d'un chant à l'autre qu'il change et le lieu de la scène et les acteurs, c'est très-souvent quatre ou cinq fois dans le même chant. On peut ouvrir presque au hasard celui qu'on voudra, on n'aura pas lu une vingtaine d'octaves qu'on se trouvera interrompu de cette sorte, pour l'être encore quelques octaves plus loin, et passer ainsi de secousse en secousse, sans repos et en apparence sans ordre; mais il y a dans cette marche décousue un ordre caché qui fait que le poëte se retrouve toujours où il veut être, et qu'il fait aller d'un mouvement égal toutes ses intrigues à la fois.

Pour varier ses transitions, il y en a qu'il ne prend pas sur son compte, et qu'il attribue à Turpin. «Turpin nous quitte ici, dit-il, pour aller retrouver Renaud, ou Roland, ou Rodomont, ou tout autre; allons le chercher avec lui.» Cette manière plaisante de faire intervenir le vieux chroniqueur Turpin pour des choses dont il n'est pas du tout question dans sa chronique est, comme nous l'avons déjà observé, une des tournures anciennes dont hérita le Bojardo, et qu'il transmit à ses successeurs. Par exemple, il finit le portrait de la belle Marfise en disant qu'elle était un peu brune et très-grande. Turpin l'a vue, ajoute-t-il, et c'est ainsi qu'il en parle [557]

[Note 557: ] [ (retour) ]

Brunetta alquanto, e grande di persona;

Turpin la vidde, e ciò di lei ragiona.

(L. I, C. XXVII, st. 59.)

Cette même Marfise donne à Renaud un coup de gantelet si terrible que le sang lui jaillit par le nez, par la bouche et par les oreilles. «Je m'étonne très-fort de ce coup, dit le poëte; mais Turpin l'écrit comme je vous le dis [558].» C'est presque mot pour mot le joli trait de l'Arioste:

Mettendo lo Turpino, anch'a lo messo.

(Orl. Fur. C. XXVIII, st. 2.)