[Note 532: ][(retour) ] St. 75. Je connais les réponses que le marquis Orsi, dans son sixième Dialogue, cité ci-dessus, p. 339, note 2, fait aux objections du P. Bouhours sur quelques-uns des traits suivants. Ces réponses ont, du moins à mon avis, le très-grand tort de ne répondre à rien, et de laisser les choses au même point où elles étaient auparavant.
[Note 533: ][(retour) ] St. 78.
Comment, lorsqu'on est habitué aux beautés vraies d'Homère et de Virgile, pourrait-on se sentir ému par de pareilles plaintes, ou par celles-ci qui viennent bientôt après[534]? «O mes yeux, aussi impitoyables que ma main! elle a fait les plaies; vous les regardez! vous les regardez sans pleurer! Ah! que mon sang coule, puisque mes pleurs refusent de couler!» ou enfin par cette apostrophe au tombeau de Clorinde? «O marbre si cher et si honoré, qui as au-dedans de toi ma flamme et au-dehors mes pleurs[535], non, tu n'es point la demeure de la mort, mais de cendres vivantes où repose l'amour; et je sens que tu rallumes dans mon cœur ses feux accoutumés, moins doux, mais non moins brûlants. Ah! prends mes soupirs, et prends ces baisers que je baigne d'une eau douloureuse, et puisque je ne le puis moi-même, donne-les du moins à ces restes chéris que tu as dans son sein. Donne-les leur, et si jamais cette belle ame tourne les yeux vers ses belles dépouilles, elle ne s'irritera ni de ta pitié, ni de ma hardiesse, etc.»
[Note 534: ][(retour) ] St. 82 et 83.
O sasso amato ed honorato tanto,
Che dentro hai le mie fiamme e fuori il pianto, etc.
(St. 96.)
Quel moment encore pour l'expression et pour le pathétique que celui où Armide est quittée par Renaud! Elle qui naguère avait à ses ordres tout l'empire d'amour, qui voulait être aimée et qui haïssait les amants, qui n'aimait qu'elle, ou qui n'aimait en autrui que l'effet du pouvoir de ses yeux[536]; maintenant méprisée, trahie, abandonnée, elle suit celui qui la fuit et la méprise; elle tâche d'orner par ses larmes le don de sa beauté refusé pour lui-même... Elle envoie devant elle ses cris pour messagers, et elle ne le joint que lorsqu'il a joint le rivage[537]. Forcenée, elle s'écrie: «O toi qui emportes avec toi une partie de moi-même, et qui en laisses une partie, ou prends l'une, ou rend l'autre, ou donne en même temps la mort à toutes les deux»..... Elle arrive auprès de Renaud, et avant de lui parler, elle soupire: «Comme un musicien habile qui, avant de chanter, prélude à voix basse pour préparer l'attention de ses auditeurs[538].» Comparaison précieuse et un peu froide peut-être, mais délicieusement exprimée, et ce qui vaut encore mieux, conforme à ce trait bien saisi du caractère d'Armide, qui même dans l'amertume de sa douleur n'oublie pas ses artifices et ses ruses[539].
[Note 536: ][(retour) ] C. XVI, st. 38 et suiv.
E invia per messaggieri inanzi i gridi;
Nè giunge lui, pria ch'ei sia giunto a i lidi. (St. 39.)
Qual musico gentil, prima che chiara
Altamente la lingua al canto snodi, etc. (St. 43.)
Che ne la doglia amara
Già tutte non oblia l'arti e le frodi. (Ibid.)