[Note 601: ][(retour) ] Tancrède qu'elle aime a été grièvement blessé dans son combat avec Argant; elle veut se rendre auprès de lui, et employer à le guérir cette science de la vertu des plantes qui, dans l'Orient, faisait partie de l'éducation des filles de rois.

[Note 602: ][(retour) ] C. VI, st. 109.

Une sédition a éclaté dans le camp; Godefroy se montre d'un air calme et sévère au milieu du tumulte, et fait arrêter cet Argillan qui l'avait excité; sa fermeté impose aux plus séditieux; le soldat menaçant dépose ses armes et rentre dans le devoir. C'est «un lion qui, secouant sa crinière, poussait de féroces et superbes rugissements; s'il aperçoit le maître qui dompta sa férocité naturelle, il souffre le poids honteux des chaînes, craint les menaces, obéit à ce dur empire; et ni sa longue crinière ni ses énormes dents, ni ses griffes, armes si redoutables et si fortes, ne lui rendent sa fierté[603]

Dans l'assaut nocturne que Soliman livre au camp des chrétiens, il réussit d'abord et en fait un grand carnage; Godefroy averti marche à sa rencontre avec peu de soldats, mais ce nombre s'accroît sans cesse, sa troupe se grossit, et lorsqu'il arrive au lieu où le fier Soliman exerce tant de ravages, il est en état de l'attaquer. «Tel descendant du mont où il prend naissance, humble d'abord, le Pô ne remplit pas l'étroit espace de son lit, mais à mesure qu'il s'éloigne de sa source, il s'accroît de plus en plus; son orgueil augmente avec ses forces; il élève enfin, comme un taureau superbe, sa tête au-dessus des digues qu'il renverse, inonde en vainqueur les champs d'alentour, fait refluer l'Adriatique, et semble porter la guerre au lieu d'un tribut à la mer[604]

[Note 603: ][(retour) ] C. VIII, st. 83.

[Note 604: ][(retour) ] C. IX, st. 46.

Lorsque Tancrède ose tenter l'aventure de la forêt enchantée, supérieur à tous les dangers, à toutes les craintes, il est arrêté par la voix de Clorinde qui paraît sortir du tronc d'un arbre qu'il allait couper; cette voix plaintive implore sa pitié. «Tel qu'un malade qui voit en songe un dragon ou une énorme chimère environnée de flammes, soupçonne et s'aperçoit même en partie que c'est un fantôme, et non un objet réel; il s'efforce pourtant de fuir, tant il est épouvanté de cette horrible apparence; tel le timide amant ne croit pas entièrement cette illusion étrangère; et cependant il la redoute, et se voit contraint de céder[605].» Un poëte qui crée, dans des genres différents, de si belles comparaisons, peut se dispenser d'imiter, et est lui-même un excellent modèle.

[Note 605: ][(retour) ] C. XIII, st. 44.

Le penchant du Tasse à l'imitation venait de l'étendue de ses lectures, de l'étude assidue qu'il faisait des anciens, de la richesse et de la capacité de sa mémoire. Dans le tissu général de ses récits et de son style, vous trouvez à chaque instant des passages qui prouvent combien elle était prompte et fidèle. Ses créations même les plus originales sont quelquefois pleines de souvenirs. Au lieu d'en multiplier les exemples, je choisirai les plus frappants.

Dans le conseil infernal qui ouvre avec tant de vigueur son quatrième chant, il imite Vida[606] et le surpasse; quand les premiers traits sont fournis à un génie tel que le sien, il faudrait, pour n'en être pas effacé, avoir eu un génie égal; et quoique Vida fût un très-bon poëte, ce degré de génie, il ne l'avait pas. Une belle octave déjà existante dans la langue du Tasse, lui a fourni les moyens imitatifs de celle qui porte à nos oreilles le sourd retentissement de la trompette infernale[607]; et Claudien même dans son enlèvement de Proserpine, avait dessiné quelques traits du chef de cet horrible conseil[608].