[Note 620: ][(retour) ] J'ai prévenu, t. IV, p. 497, que je réservais pour ce rapprochement la description des jardins d'Alcine.

[Note 621: ][(retour) ] C. VI, st. 20 et suiv.

Roger descend de l'Hippogryphe qu'il attache au pied d'un myrte. Il s'approche d'une fontaine environnée de cèdres et de palmiers, dépose son bouclier, ôte son casque et ensuite toute son armure qui l'accablait de chaleur. «Il tourne son visage tantôt vers la mer, et tantôt vers la montagne, au souffle doux et frais de zéphirs qui font trembler avec un agréable murmure les hautes cimes des hêtres et des sapins. Tantôt il baigne dans cette onde fraîche et claire ses lèvres desséchées, tantôt il y plonge ses mains pour faire sortir de ses veines le feu que le poids de sa cuirasse y avait allumé[622]

[Note 622: ][(retour) ] St. 25.

Ici la description est interrompue par la rencontre d'Astolphe qui se trouve enfermé dans le myrte où l'Hippogryphe est attaché. Il raconte à Roger comment il était tombé dans les piéges d'Alcine, comment il l'avait aimée et avait été aimé d'elle, comment enfin elle l'avait métamorphosé, selon son usage de changer en arbres, en fontaines, en rochers ou en bêtes les amants qu'elle a tenus dans ses filets[623]. Du sein de son arbre, d'où il ne peut sortir, il instruit Roger des moyens d'arriver chez la sage Logistille, sans entrer dans les états de sa méchante sœur; mais cette instruction est inutile; des obstacles se présentent, des embûches sont dressées; attaqué par des monstres hideux, Roger se voit secouru par deux belles nymphes, montées sur des licornes d'une éclatante blancheur. Elle le font entrer par une porte d'or, recouverte de perles et des pierres les plus précieuses de l'Orient. De jeunes filles charmantes, mais qui le seraient peut-être davantage si elles étaient plus réservées, invitent Roger par leurs caresses à se laisser conduire dans ce paradis[624]. «On peut bien nommer ainsi, dit le poëte, un lieu où je crois que naquit l'Amour; on n'y est jamais occupé que de danses et de jeux; toutes les heures s'y passent en fêtes. Les pensées graves n'y peuvent avoir accès; on n'y connaît ni incommodité ni disette, et l'Abondance y règne toujours avec sa corne toute remplie.

[Note 623: ][(retour) ] Ci-dessus, t. IV, p. 396.

[Note 624: ][(retour) ] St. 72.

«Dans ce lieu, où il semble que le gracieux Avril, au front serein et joyeux, rit sans cesse, de jeunes gens et de jeunes femmes sont réunis; l'un, près d'une fontaine, fait entendre des chants pleins de douceur et de volupté; l'autre, à l'ombre d'un arbre ou d'une colline, joue, danse, ou prend d'autres nobles amusements; un autre enfin, loin de la troupe, découvre à un ami fidèle ses tourments amoureux. Les jeunes amours volent en se jouant sur les cimes des pins et des lauriers, des hêtres sourcilleux et des sapins à l'écorce hérissée; les uns se réjouissent de leurs victoires, les autres s'exercent à percer les cœurs de leurs flèches ou à tendre leurs filets. Celui-ci trempe ses traits dans un ruisseau qui coule à ses pieds, celui-là les aiguise sur une pierre qui tourne avec agilité[625]

[Note 625: ][(retour) ] St. 75.

Nouvelle interruption, pour mettre en scène la cruelle Ériphile, espèce de géante ou de monstre allégorique qu'il faut vaincre et terrasser avant d'entrer dans le palais[626]. Cette victoire remportée, Roger ne trouve plus d'obstacles; la belle Alcine vient au-devant de lui, entourée d'une nombreuse cour; il reçoit d'elle et de son cortége l'accueil et les honneurs qu'on aurait pu offrir à un dieu. Cette cour est toute brillante de jeunesse et de beauté; mais Alcine l'emporte sur tout le reste, comme le soleil sur tous les astres des cieux. L'Arioste qui a été sobre, quoique riche, dans la description du séjour de cette fée, est prodigue dans son portrait, et n'y emploie pas moins de six octaves. Il n'a rien oublié de toutes les parties de sa personne, mieux faite, dit-il, que tout ce que d'habiles peintres peuvent inventer de mieux[627].