[Note 626: ][(retour) ] C. VII.

[Note 627: ][(retour) ] St. 11 et suiv.

«Sa chevelure blonde est longue et bouclée, et il n'y a point d'or qui ait plus de brillant et plus d'éclat. La couleur de ses joues délicates est un mélange de roses et de lys; son front riant et d'une mesure parfaite, est de l'ivoire le plus pur. Sous deux arcs noirs et déliés, sont deux yeux noirs, ou plutôt deux brillants soleils; leurs regards sont pleins de tendresse, leurs mouvements lents et doux; il semble que l'Amour joue et voltige tout autour, que de-là il lance toutes les flèches de son carquois, et qu'il enlève les cœurs. Le nez qui partage également ce beau visage n'a pas un défaut que l'envie puisse lui reprocher. Au-dessous, comme entre deux petites vallées, la bouche est colorée d'un cinabre naturel; là, sont deux rangs de perles les plus précieuses, que des lèvres charmantes renferment et découvrent doucement; de-là, sortent des paroles caressantes qui adouciraient le cœur le plus sauvage et le plus dur; là, se forme un doux souris qui ouvre à son gré le paradis sur la terre.

«Son cou est blanc comme de la neige et son sein comme du lait; le cou est rond, le sein large et relevé. Deux pommes à peine mûres (acerbe) et faites d'ivoire, vont et viennent comme l'onde au bord du rivage, quand un zéphyr agréable agite la mer. Argus même ne pourrait voir les autres parties; mais on peut bien juger que ce qui est caché, répond à ce qu'on voit paraître. Ses bras sont d'une juste proportion, et l'on aperçoit souvent sa main blanche, un peu longue, mais étroite, où l'on ne voit se former aucun nœud ni s'élever aucune veine.» Le peintre n'oublie point, au bas de ce qu'il nomme cette auguste personne, quoiqu'il n'y ait dans tout cela rien de très-auguste, un pied court, sec et rondelet; et l'on ne sait trop à propos de quoi il termine tout ce portrait d'un objet qui n'est point du tout angélique, par deux vers qui sembleraient avoir été transportés d'ailleurs, tant ils ont peu de rapport à ce qui précède. «Des traits angéliques et nés dans le ciel ne se peuvent cacher sous aucun voile[628]

[Note 628: ][(retour) ]

Gli angelici sembianti nati in cielo

Non si ponno celar sotto alcun velo. (St. 15.)

Alcine enfin a un piége tendu dans toutes les parties d'elle-même, soit qu'elle parle, qu'elle rie, qu'elle chante, ou qu'elle fasse quelques pas. Il n'est pas étonnant que Roger qui en est si bien reçu, s'y laisse prendre. Pour achever de le séduire, les plaisirs de la table ne sont point oubliés. «A cette table, des cithares, des harpes, des lyres et d'autres délicieux instruments faisaient retentir l'air d'alentour d'une douce harmonie et de mélodieux accords; il n'y manquait ni des voix, habiles à chanter les jouissances et les souffrances de l'amour, ni des poëtes, qui représentaient dans leurs inventions les plus agréables fantaisies.» De petits jeux succèdent à la bonne chère; enfin Roger est conduit dans les appartements secrets, où Alcine vient l'enivrer de toutes les délices de l'amour; et l'Arioste ne se refuse aucun détail de leurs plaisirs[629]. Il peint ensuite l'emploi que ces deux amants faisaient de leurs journées. «Souvent à table, toujours en fêtes, les joutes, la lutte, le théâtre, le bain, la danse les amusent tour-à-tour. Tantôt près des fontaines, à l'ombre des coteaux, ils lisent les propos amoureux des anciens; tantôt dans les vallées couvertes d'ombre, et sur les riantes collines, ils poursuivent les lièvres timides; tantôt suivis de chiens rusés, ils font sortir avec bruit les faisans des chaumes et des buissons; tantôt ils tendent aux grives, ou des lacets, ou de souples gluaux, sur des genévriers odorants; et tantôt enfin, avec des hameçons armés d'un appât, ou avec des filets, ils troublent les poissons dans leur doux et secret asyle.»

[Note 629: ][(retour) ] St. 27, 28 et 29.

C'est dans ce délicieux séjour que la sage Mélisse, cachée sous la figure d'Atlant, va chercher Roger pour le faire rougir de son repos, et le rendre à Bradamante et à la gloire[630]. Elle le trouve seul, au moment où Alcine venait de le quitter, ce qu'elle faisait rarement. Il goûtait la fraîcheur et la sérénité du matin, le long d'un clair ruisseau, qui descendait d'une colline vers un petit lac limpide et d'un agréable aspect. Ses vêtements pleins de mollesse et de délices, respiraient la nonchalance et la volupté. Alcine, d'une main adroite, en avait ourdi le tissu de soie et d'or. Un brillant collier des pierres les plus riches descendait de son cou jusqu'au milieu de sa poitrine; un cercle d'or poli entourait chacun de ses bras, qui avaient été ceux d'un héros; un fil d'or en forme d'anneau lui avaient percé les deux oreilles, d'où pendaient deux grosses perles, telles que les Arabes ni les Indiens n'en possédèrent jamais. Ses cheveux bouclés étaient humectés des parfums les plus rares et les plus précieux; tous ses gestes exprimaient l'amour, comme s'il eût été habitué à servir des femmes dans la délicieuse Valence; il n'y avait plus en lui de sain que le nom; tout le reste était corrompu et plus que flétri[631]

[Note 630: ][(retour) ] St. 51 et suiv.

[Note 631: ][(retour) ]

Non era in lui di sano altro che'l nome;

Corrotto tutto il resto, e più che mezzo. (St. 55.)