Surpris dans cette indigne parure, l'aspect seul de son ancien gouverneur, du sage magicien Atlant le fait rougir; le discours noble et sévère qu'il entend, lui rend déjà tout son courage; l'anneau qu'Atlant, ou plutôt que Mélisse qui en a pris l'apparence lui met au doigt, fait le reste et achève le désenchantement; il reprend ses armes, il suit son guide et s'éloigne à grands pas. Alcine redevenue à ses yeux telle qu'elle est, vieille, décrépite, objet de dégoût et d'horreur, ne peut employer pour le retenir que la force; elle le fait poursuivre par ses troupes, et monte elle-même sur sa flotte, mais inutilement[632]. La fuite de Roger, son arrivée chez Logistille et tout le reste de cette allégorie ingénieuse et morale n'ont plus aucun rapport avec l'objet qui m'a fait revenir sur le poëme de l'Arioste; retournons maintenant à celui du Tasse.
[Note 632: ][(retour) ] C. VIII.
La description des jardins d'Armide est préparée par d'autres descriptions; les deux chevaliers, chargés par Godefroy d'aller chercher Renaud, apprennent d'un magicien, ami des chrétiens, comment ce héros est tombé au pouvoir d'Armide. Ce récit, malgré ses défauts[633], est un morceau charmant de poésie descriptive. Renaud arrive sur le fleuve Oronte[634], à l'endroit où un bras de ce fleuve forme une île et se rejoint ensuite à son lit. Une inscription qui lui promet dans cette île des merveilles que le reste de l'univers ne lui offrirait pas, l'engage à y passer dans une petite barque, seul et sans ses écuyers. «Il arrive; ses regards curieux se portent avidement tout alentour, et il ne voit rien que des grottes, des eaux, des fleurs, des arbres et des gazons; il est prêt à croire qu'on s'est joué de lui; mais ce lieu est si agréable, il y trouve tant d'attrait qu'il s'arrête. Il désarme son front et le rafraîchit à la douce haleine d'un vent paisible[635].» Il s'endort aux chants d'une syrène qui s'élève du sein des eaux[636]; Armide vient; son bras, armé par la vengeance, est bientôt désarmé par l'amour; elle enlève Renaud endormi, le place sur un char, et traverse avec lui les airs.
[Note 633: ][(retour) ] Le défaut principal de cette narration est qu'elle est mise dans la bouche d'un personnage qui ôte à une grande partie des détails toute vraisemblance. Voyez ci-dessus, p. 354 et suiv.
[Note 634: ][(retour) ] C. XIV, st. 57.
[Note 635: ][(retour) ] Comme Roger, en arrivant dans l'île d'Alcine.
[Note 636: ][(retour) ] Voyez ci-dessus, p. 354.
Quand les deux chevaliers chrétiens ont reçu des instructions sur la route qu'ils doivent suivre pour trouver l'île où elle le retient dans les délices[637], et sur les moyens qu'ils doivent employer pour rompre le charme et délivrer le héros; lorsqu'après une navigation qui donne lieu à des descriptions géographiques et à d'autres ornements riches et variés, ils sont parvenus à l'une des îles fortunées où Armide a établi son séjour, et qu'en gravissant la montagne dont son palais et ses jardins occupent le sommet, ils ont vaincu les monstres qui leur en disputaient l'accès, et les obstacles plus doux que leur ont opposés des nymphes charmantes, ils pénètrent enfin dans cet immense et magnifique palais, dont la forme est ronde et l'architecture admirable[638].
[Note 637: ][(retour) ] C. XV.
[Note 638: ][(retour) ] C. XVI.