[Note 656: ][(retour) ] M. de Rochefort, de l'ancienne académie des inscriptions et belles-lettres.

[Note 657: ][(retour) ] Traduction en vers de l'Iliade, seconde édition, à l'Imprimerie royale, 1771, in-4º., p. 404, note. Ce traducteur estimable, trop faible sans doute pour atteindre à l'élévation, à l'énergie, à la grandeur d'Homère, a mieux réussi dans tout ce qui n'exigeait qu'une élégante simplicité; la toilette de Junon est de ce genre, ainsi que la ceinture de Vénus.

La déesse, à ces mots, détache sa ceinture;

Où, tissus avec art, sont les enchantements,

Les désirs de l'amour, les soupirs des amants,

L'art de persuader, ce langage si tendre

Dont les plus sages même ont peine à se défendre.

Armide quitte Renaud, comme Alcine quitte Roger; son absence a les mêmes suites. Dès que Renaud est seul, les deux chevaliers se montrent à lui, couverts d'armes éclatantes. «Tel qu'un coursier fougueux, enlevé après la victoire au périlleux honneur des armes, et changé en lascif époux, erre, libre du frein, parmi les troupeaux et dans de gras pâturages; mais s'il est réveillé par le son de la trompette ou par l'éclat de l'acier, il y court en hennissant; déjà il brûle de voir ouvrir la carrière, et, portant sur son dos un cavalier, d'être heurté dans sa course et de heurter à son tour[658].» Tel devient le jeune héros à l'aspect subit des deux chevaliers. Ubalde découvre alors devant lui un bouclier de diamant qu'il a reçu pour cet usage, talisman plus ingénieux et plus moral que l'anneau employé par Mélisse pour désenchanter Roger. Renaud y jette les yeux; il se voit paré des mains de la Mollesse, ses cheveux bouclés et parfumés; à son côté ce fer, seule arme qui lui reste, tellement couvert d'un luxe efféminé, qu'au lieu d'un instrument militaire, ce n'est plus qu'un inutile ornement. Réveillé comme d'un sommeil léthargique, il reste les yeux baissés et fixés sur la terre. Après le discours ferme et concis d'Ubalde[659], il est encore quelque temps immobile et muet. Puis tout à coup il arrache et déchire ces vains ornements, cette pompe indigne de lui, ces honteuses marques de son esclavage, et suit docilement les deux guides qui l'ont rappelé au devoir[660].

[Note 658: ][(retour) ] St. 28.

[Note 659: ][(retour) ] St. 32 et 33.

[Note 660: ][(retour) ] St. 34 et 35.

Mais lorsqu'il est près du rivage, une dernière épreuve lui est offerte, épreuve que Roger ne pouvait subir en abandonnant sa vieille Alcine; c'est la belle et jeune Armide, forcenée de désespoir et d'amour, qui le poursuit, comme Didon poursuit Énée; ce sont ses plaintes, ses fureurs, ses soumissions, ses menaces. Il résiste et persiste comme Énée, et il faut en convenir, sinon de meilleure grâce (un homme n'en a jamais en position pareille), du moins avec de meilleurs motifs et de plus fortes raisons que lui[661].

[Note 661: ][(retour) ] St. 35 et suiv.

J'ai peut-être fait comme Renaud, je me suis trop arrêté dans les jardins d'Armide. S'il est difficile d'en sortir, il l'est peut-être encore plus d'y conserver assez de raison pour ne s'en pas laisser tout-à-fait éblouir et pour y distinguer, de la belle et riche nature, les purs effets de la baguette et les mensonges de l'art. D'autres beautés répandues dans toutes les parties du poëme n'exigent point cet effort; je veux parler surtout des traits sublimes, qui sont en si grand nombre et qui attestent si évidemment cette tendance habituelle du génie du Tasse vers les hautes régions du Beau idéal. On la voit, dès l'invocation du poëme adressée à cette Muse «qui n'a point sur l'Hélicon le front ceint d'un laurier périssable[662], mais qui là-haut, parmi les chœurs célestes, porte une couronne d'or et d'étoiles immortelles;» on la voit dans la manière neuve et vraiment sublime dont se fait l'exposition, dans ce regard que l'Eternel jette sur la Syrie et sur l'armée chrétienne[663], regard qui pénètre au fond des cœurs de tous les chefs, qui nous y fait pénétrer nous-mêmes et nous fait connaître ainsi, dès le début, non-seulement les personnages, mais les caractères; enfin, sans parler des morceaux et des épisodes entiers qui semblent dictés par cette aspiration continuelle vers le grand, le beau et l'honnête, on la voit dans un nombre infini de pensées et de sentiments, quelquefois indiqués par l'attitude seule ou par l'expression du visage, comme lorsque Renaud, averti par Tancrède que Godefroy veut le faire arrêter, sourit avant de répondre[664], et qu'un courroux dédaigneux éclate à travers ce sourire; quelquefois énoncés dans le style le plus noble et le plus poétique, comme sont ceux de ce vieillard qui montre au même héros, à peine échappé des bras d'Armide, notre vrai bien, non dans les plaines agréables, parmi les fontaines et les fleurs, au milieu des nymphes et des syrènes, mais sur la cime du mont escarpé où habite la Vertu[665].

[Note 662: ][(retour) ] C. I, st. 2.