[Note 685: ][(retour) ] St. 97.

[Note 686: ][(retour) ] St. 99 et dernière.

C'est dans cet art de faire briller au milieu des combats un personnage principal, et de semer des détails touchants à travers ces scènes terribles, qu'ont excellé les grands poëtes épiques; et l'on peut dire qu'aucun d'eux n'y a surpassé le Tasse. Voyez dans la dernière bataille, Armide en habit militaire[687], montée sur un char doré, entourée de ses nouveaux amants, de tous ces chefs asiatiques et africains magnifiquement armés comme elle, couverts d'une pompe barbare, et qui ont juré de la venger. Renaud se présente, elle veut lui lancer un trait; mais échappée d'une main faible et incertaine, la flèche s'émousse sur les armes du chevalier. Armide se croit méprisée; enflammée de colère, elle tend plusieurs fois son arc; mais tous ses traits sont aussi impuissants que le premier. Tous ses amants sont vaincus sous ses yeux; elle se croit déjà prisonnière, emmenée en esclavage; elle quitte le champ de bataille et fuit, le désespoir dans le cœur.

[Note 687: ][(retour) ] C. XX, st. 61 et suiv.

Voyez un tableau bien différent dans ces deux inséparables époux, Odoard et Gildippe, couple intrépide dont l'union double le courage. Dès le commencement du combat[688], on les voit à côté l'un de l'autre porter des coups terribles, et mettre presque seuls en déroute le corps des Persans. Vers la fin de la bataille, lorsque Soliman essaie encore de rallier les Sarrazins et de rétablir le combat, Odoard et Gildippe s'offrent à lui[689]. Gildippe le frappe la première; furieux, il l'insulte d'abord, et lui porte ensuite dans la poitrine un coup qui brise ses armes, et qui ose, dit le poëte, percer ce sein qu'Amour seul aurait dû blesser. Elle abandonne aussitôt les rênes, et chancèle sur son coursier: Odoard accourt; il soutient d'un bras son épouse mourante, de l'autre il veut la venger; mais que peuvent ses forces ainsi partagées contre un si redoutable ennemi? Le sultan lui coupe le bras dont il appuyait sa chère Gildippe; il la laisse tomber, tombe lui-même, et l'accable sous son poids.

[Note 688: ][(retour) ] Ibid., st. 32.

[Note 689: ][(retour) ] St. 94, etc.

Le Tasse, à la manière des grands poëtes, adoucit l'impression d'un si horrible spectacle, par cette belle comparaison prise d'objets champêtres, et qui lui appartient: «Comme un ormeau[690], à qui la plante couverte de pampres s'entrelace et se marie, si le fer le coupe, ou si l'ouragan le brise, entraîne à terre avec lui la vigne sa compagne; lui-même il la dépouille de ce vert feuillage qui la couvrait, il écrase ces grappes qui l'embellissaient; il paraît en gémir, et peu touché de son propre sort, n'être sensible qu'à la destinée de celle qui meurt auprès de lui. Ainsi tombe Odoard; il ne gémit que sur celle que le ciel lui avait donnée pour inséparable compagne. Ils voudraient se parler, mais ils ne peuvent plus former que des soupirs. Ils se regardent l'un l'autre, ils s'embrassent et se serrent tandis qu'ils le peuvent encore; ils perdent tous deux au même instant la lumière du jour; et ces deux ames pieuses s'en vont ensemble[691],» Que cette peinture est touchante et vraie; et quoiqu'elle offre une image sanglante, combien elle attendrit et repose l'ame, parmi tout ce carnage et toutes ces scènes d'horreur!

[Note 690: ][(retour) ] St. 99.

[Note 691: ][(retour) ] E congiunte sen van l'amine pie. (St. 100.)