[Note 112: ][(retour) ] C. V.

Le temps de son retour dans la Grande-Bretagne étant venu, la fée Urgande vient la prendre dans un vaisseau magnifique, où sont employées toutes les richesses de la féerie[113]. Pendant le trajet, elle instruit Oriane, et en même temps le lecteur, de la naissance du jeune Damoisel dont elle est si tendrement occupée. Il a reçu le jour de ce même roi Périon, qui l'a fait chevalier sans le connaître et à qui il a sauvé la vie. Épris dans sa jeunesse d'Elisène, fille du roi de la Petite-Bretagne ou de l'Armorique, Périon l'épousa sans autre témoin que sa suivante. Elle eut de lui un fils dont elle accoucha en secret.

[Note 113: ][(retour) ] C. VI.

Le soin de son honneur la força de faire exposer cet enfant sur les flots, dans un berceau de bois de cèdre, où elle fit placer l'épée que Périon avait laissée en la quittant, un anneau qu'elle tenait de lui, une boule de cire, et dans cette boule un papier sur lequel étaient écrits son nom et la qualité de son père. Elle a depuis épousé solennellement Périon; elle règne maintenant avec lui sur les Gaules, et tous deux regrettent également la perte de ce fils de leur amour. Le jour où il fut exposé, un seigneur écossais, nommé Gandales, vit le berceau près du rivage, le prit, l'emporta chez lui, et donna à l'enfant le nom de Damoisel de la Mer. Oriane sait le reste de l'histoire; elle est à peine finie que le navire entre au port de Vindisilore. Urgande dépose la princesse au sein de sa famille et remonte sur son vaisseau.

Pendant ce temps, le Damoisel, après des rencontres et des aventures, ornement indispensable des voyages de tout chevalier, s'était joint au prince d'Écosse, son ami, qui conduisait les troupes que le roi Languines envoyait au secours de Périon[114]. Ils passent le détroit, abordent en Normandie, et sont bientôt rendus à Paris. Périon s'y était renfermé, après avoir perdu plusieurs batailles[115]. Il les reçoit avec beaucoup de joie. Le féroce Abyès arrive avec ses Irlandais et se présente devant la place[116]. Périon, le prince d'Écosse et le Damoisel de la Mer, sortis à sa rencontre, tombent dans une embuscade; la mêlée devient effroyable. Le Damoisel parvint à joindre Abyès, et le défie seul à seul. Le roi d'Irlande accepte, est vaincu et tué, après un combat des plus terribles. Au moment où le vainqueur est conduit en triomphe, où le roi et la reine des Gaules reconnaissent qu'ils lui doivent leur salut et celui de leurs états, la confidente d'Oriane arrive et remplit auprès de lui la mission dont elle est chargée. Il apprend ainsi son nom et son origine royale; il ne lui reste à savoir que de quel roi il est né.

[Note 114: ][(retour) ] C. VIII. Le roman français nomme le prince d'Écosse Agrayes, et le poëme italien Agriante.

[Note 115: ][(retour) ] Dans le roman, la ville où Périon s'enferme et est assiégé n'est point Paris, mais Baldaen, qui n'est connue, je crois, ni dans la géographie des Gaules, ni dans celle de la France.

[Note 116: ][(retour) ] C. IX et X.

Ce jour-là même, un incident particulier fait remarquer au roi et à la reine des Gaules l'anneau que le Damoisel portait toujours; ils commencent à soupçonner la vérité; ils vont ensemble la nuit à la chambre du jeune héros, qu'ils trouvent profondément endormi. Son épée était au chevet du lit. Périon la tire du fourreau, et reconnaît celle qu'il avait autrefois laissée à Elisène. Ces deux signes réunis ne leur laissent presque plus de doute. Ils réveillent le Damoisel par les expressions de leur joie, apprennent de lui qu'il n'est point le fils de ce Gandales qui l'a élevé, qu'il n'est qu'un malheureux enfant que ce bon Écossais avait trouvé dans un berceau flottant sur la mer.... Alors tout est éclairci; Elisène et Périon reconnaissent leur fils, qui quitte le nom de Damoisel de la Mer pour prendre celui d'Amadis[117].

[Note 117: ][(retour) ] 117: C. X.