[Note 283: ][(retour) ] Ibidem.
Il y fut reçu par son cher Scipion de Gonzague[284], qui avait beaucoup contribué à lui inspirer le désir de ce voyage. Scipion le présenta aussitôt au cardinal Ferdinand de Médicis, frère du grand-duc de Toscane, et qui lui succéda peu de temps après. Ferdinand, instruit des sujets du mécontentement que le Tasse commençait à avoir à Ferrare, lui fit entendre que si jamais il quittait la maison d'Este, il le recevrait avec le plus grand plaisir dans la sienne, ou le ferait aisément entrer chez le grand-duc, son frère. Le Tasse avait déjà eu la pensée de se retirer du service du duc Alphonse et de se fixer à Rome, soit, s'il le pouvait, dans une entière indépendance, soit en entrant dans quelque maison puissante où il ne fût pas aussi exposé à la malveillance et aux intrigues qu'il l'était à Ferrare; mais il ne voulait prendre ce parti qu'après s'être acquitté de ce qu'il devait à la maison d'Este, par la publication du monument qu'il élevait à sa gloire, et il ne donna pour lors aucune suite à ces offres du cardinal de Médicis. Il fut aussi introduit chez les deux cardinaux et chez le général de l'Église Boncompagno, neveux du pape Grégoire XIII, et reçut d'eux le meilleur accueil. Mais après un mois de séjour à Rome auprès de son ami, après avoir conféré tous les jours avec lui et l'espèce de conseil que Scipion avait établi pour l'examen définitif de son poëme, il ne songea plus qu'à retourner à Ferrare.
[Note 284: ][(retour) ] Novembre 1575.
Tout en s'occupant des amours d'Herminie et de Tancrède, d'Armide et de Renaud, il n'avait pas oublié que le jubilé, alors ouvert à Rome, était un des motifs dont il s'était servi pour obtenir du duc Alphonse un congé. Il avait scrupuleusement rempli tous les devoirs de piété prescrits pour en gagner les indulgences. «Pendant le jour, dit naïvement Serassi, il visitait avec la plus grande dévotion les églises; le soir il allait chez le Sperone ou chez d'autres amis[285], les consulter sur quelques particularités de son poëme[286].» Le Tasse avait reçu chez les jésuites de Naples une éducation très-religieuse. Les passions de sa jeunesse n'avaient rien diminué de sa piété. Elle reçut à ce qu'il paraît, dans cette circonstance, un nouveau degré de ferveur: nous ne tarderons pas à en reconnaître les effets. Il n'y a rien à dissimuler dans les affections d'une ame si élevée et si pure; et nous verrons bientôt ce grand homme dans un état dont il est important d'observer et de bien assigner toutes les causes.
[Note 285: ][(retour) ] Flaminio de' Nobili, l'Angelio, l'Antoniano, etc.
[Note 286: ][(retour) ] Vita del Tasso, p. 211.
Le Tasse revint à Ferrare par Sienne et Florence: il devait cet hommage à ces deux villes si célèbres dans l'histoire des lettres et des arts, surtout à la dernière. Il forma dans l'une et dans l'autre de nouvelles liaisons d'amitié, et se fit un grand nombre d'admirateurs, parmi les gens de lettres qui y florissaient, par les lectures qu'il fit de plusieurs chants de son poëme. Quelque temps après son retour[287], la jeune et belle Léonore Sanvitali, nouvelle épouse du comte de Scandiano,[288], vint à Ferrare avec la comtesse de Sala, sa belle-mère[289]. Ces deux dames étaient aussi célèbres par les qualités de l'esprit et l'amour de la poésie et des lettres que par leur beauté. Elles soutinrent dans cette cour la réputation qui les y avait précédées. Elles parurent avec un grand éclat dans les bals et les fêtes de l'hiver. Le Tasse s'ouvrit un accès auprès d'elles par les vers qu'il leur adressa. Bientôt il devint un des courtisans les plus assidus de la comtesse de Scandiano, et c'est la seconde des trois Léonores dont on prétend qu'il fut amoureux[290].
[Note 287: ][(retour) ] Janvier 1576.
[Note 288: ][(retour) ] De Giulio Tiene conte di Scandiano.
[Note 289: ][(retour) ] Barbara Sanseverina.