[Note 290: ][(retour) ] La troisième n'exista jamais, selon Serassi, que dans l'imagination du Manso. Il est faux, dit-il, qu'une des suivantes de la princesse Léonore, que le Tasse loua quelquefois dans ses vers, s'appelât elle-même Léonore; c'était Laure qu'elle se nommait; et l'autre suivante, pour qui il fit dans la suite la charmante canzone, O con le grazie eletta e con gli amori, était, selon le même Serassi, attachée à la comtesse de Scandiano, et non à la princesse, et son nom n'était pas Léonore, mais Olimpia. (Vita del Tasso, p. 117, note 5.)
[Voir note ajoutée 290 (annexe)]
Il ne passait cependant pas un jour sans s'occuper de son poëme. Il se préparait à l'aller faire imprimer à Venise quand la peste se déclara dans cette ville, et le força encore de différer. Il recevait par son ami Scipion de Gonzague les propositions les plus avantageuses et les plus pressantes de la maison de Médicis. Il était combattu d'un côté par son attachement pour le duc Alphonse, pour ses sœurs, peut-être pour la jeune comtesse de Scandiano, de l'autre par le désir d'une vie plus indépendante et plus tranquille qu'on lui faisait espérer en Toscane. Dans ces entrefaites, Jean-Baptiste Pigna, historiographe de la maison d'Este, vint à mourir. Le Tasse, au milieu de ses continuelles alternatives, demanda cette place et l'obtint[291]; il se trouva donc plus étroitement enchaîné que jamais, et ne tarda pas à s'en repentir.
[Note 291: ][(retour) ] 1567. On voit, par quelques-unes de ses lettres qu'il aurait voulu être refusé, et prendre de-là un prétexte pour quitter le duc de Ferrare et passer au service de la maison de Médicis.
Ses ennemis redoublaient d'activité à mesure qu'il croissait en réputation et qu'il semblait croître en faveur. Il les avait soupçonnes d'intercepter ses lettres; il eut bientôt la preuve d'un trait non moins vil et non moins perfide. Pendant un voyage qu'il fit à Modène, il avait laissé à l'un des officiers du duc, qui feignait d'être de ses amis, la clef de toutes les pièces de son appartement, à l'exception de la chambre où il tenait ses livres et ses papiers les plus secrets; il reconnut à son retour qu'on avait aussi ouvert cette chambre, fouillé et examiné tous ses papiers[292]. Ce trait et d'autres semblables, indices affligeants d'une intrigue ourdie contre lui par quelques ennemis secrets[293], lui inspiraient une tristesse qu'il s'efforçait en vain de dissimuler.
[Note 292: ][(retour) ] Lettre du Tasse, citée par Serassi, p. 230.
[Note 293: ][(retour) ] Voyez Serassi, loc. cit.
Pour l'en distraire, la princesse Léonore l'emmena avec elle dans une belle maison de campagne[294], sur les bords du Pô, à dix-huit milles de Ferrare. Le voyage ne fut que de onze jours; mais ces jours de bonheur et de calme dissipèrent en effet sa mélancolie; et il reprit avec ardeur à son retour quelques corrections qui lui restaient encore à faire; il en fit surtout de très-importantes au charmant épisode d'Herminie, qui reçut alors ce haut degré de perfection qu'on y admire.
[Note 294: ][(retour) ] Consandoli.