[Note 325: ][(retour) ] Voyez ci-dessus, p. 199, note.
Que l'objet des amours du Tasse portât le nom de Léonore, c'est ce que prouve ce nom, tantôt déguisé à la manière de Pétrarque, et tantôt écrit tout entier dans plusieurs sonnets et plusieurs madrigaux imprimés dans ses Œuvres[326]. Mais cette Léonore, ou l'une de ces Léonore, fut-elle une des deux sœurs du duc? Outre plusieurs raisons qui portent le Manso à le croire, il en voit encore les preuves dans des poésies faites évidemment pour elle, et dont les expressions sont celles d'une passion pure, mais vive, et d'un amour aussi ardent que respectueux et discret. Il les trouve entre autres dans un sonnet adressé à Léonore, lorsque les médecins lui eurent défendu de chanter[327]; et plus clairement encore dans une canzone[328], dont une strophe tout entière est consacrée à peindre quel fut sur lui, dès le premier instant, l'effet des charmes de la princesse[329], effet qui fut balancé par le respect, mais non pas assez pour qu'une partie des traits qui lui étaient lancés ne pénétrât point jusqu'à son cœur[330]. Ces preuves sont peut-être plus que partout ailleurs dans une autre canzone[331], qui lui fut dictée par la jalousie, quand la main de Léonore fut demandée par un prince, au duc son frère; cette crainte jalouse lui inspira encore un sonnet[332], dont le dernier vers exprime l'envie qu'il porte à l'heureux époux[333]; mais Léonore fut constante dans sa résolution de garder le célibat; le Tasse continua de se livrer au sentiment qui faisait l'honneur et quelquefois aussi le tourment de sa vie, et c'était après quinze ans de constance qu'il adressait à Léonore un sonnet où il l'assure que, ni le cours, ni les traces du temps ne diminuent rien de son amour[334].
[Note 326: ][(retour) ] Le nom de Léonore est déguisé, par exemple, dans ce sonnet sur une belle bouche:
Rose, che l'arte invidiosa ammira,
que le poëte finit en disant à l'Amour:
Se ferir brami, scendi al petto, scendi
E di sì degno cor tuo stra LE ONORA;
et dans ces deux madrigaux placés de suite, où le poëte joue sur les mots ora et aura,
Ore, fermate il volo, etc.
Ecco mormorar l'onde, etc.
et enfin dans le sonnet:
Quando l'alba si leva e si rimira,
où l'auteur dit lui-même en l'expliquant (esposizioni d'alcune sue rime), que ce vers: E l'aurora mia cerco, joue sur le nom de sa dame, etc. Ce nom est quelquefois à découvert, comme dans le madrigal,
Cantava in riva al fiume
Tirsi di Leonora;
E rispondean le selve e l'onde: honora,
qui finit si clairement par ce vers:
Or chi fia che l'honori e che non l'ami?
Ahi ben è rio destin ch'invidia e toglie
Al mondo il suon de' vostri chiari accenti.
Les deux derniers vers surtout sont de la plus grande clarté:
E basta ben che i sereni occhi e'l riso
M'infiammin d'un piacer celeste e santo.
[Note 328: ][(retour) ] Mentre ch' a venerar muovon le genti, etc.
[Note 329: ][(retour) ] E certo il primo dì che'l bel sereno, etc.
Ma parte degli strali e de l'ardore
Sentij pur anco entro il gelato marmo.
Le nom de Léonore, déguisé, mais reconnaissable dans l'équivoque du dernier vers de cette canzone, ne laisse aucun doute sur l'objet des sentiments qui y sont exprimés:
E le mie rime.....
Che son vili e neglette, se non quanto
Costei Le onora co'l bel nome santo.
[Note 331: ][(retour) ] Amor, tu vedi, e non n'hai duolo o sdegno, etc.