[Note 332: ][(retour) ] Vergine illustre, la beltà en' accende, etc.

[Voir note ajoutée 332 (annexe)]

[Note 333: ][(retour) ] O felice lo sposo a cui l'adorni!

[Note 334: ][(retour) ] Perchè in giovenil volto amor mi mostri, etc.

[Voir note ajoutée 334 (annexe)]

Ce fut alors aussi sans doute qu'il fit pour elle ce beau sonnet, où il lui parle si poétiquement de son âge. Serassi veut qu'il soit adressé à la duchesse d'Urbin, mais il porte indubitablement l'empreinte et le cachet de Léonore, «Dans tes plus tendres années, tu ressemblais à la rose vermeille qui n'ose ouvrir son sein aux tièdes rayons du jour et se cache encore, vierge et pudique, dans la verte enveloppe qui la couvre; ou plutôt (car rien de mortel ne peut se comparer à toi,) tu ressemblais à la céleste Aurore qui, brillant dans un ciel serein et toute fraîche de rosée, dore les monts et couvre de perles les campagnes. Maintenant l'âge plus mûr ne t'enlève rien, et quoique négligemment vêtue, la jeune beauté, dans sa plus riche parure, ne peut ni te vaincre, ni t'égaler. Ainsi la fleur est plus belle quand elle étale ses feuilles odorantes, et le soleil à son midi brille plus qu'au matin et lance bien plus de flammes[335].» Nous avons vu que souvent les noms Ora, Aura, Aurora, lui servaient à voiler le nom de Léonore; la parure négligée la désigne aussi, et convenait à sa santé faible et à son goût pour la retraite. Sa sœur Lucrèce se portait fort bien et n'avait point de ces négligences-là.

[Note 335: ][(retour) ] Les poésies lyriques du Tasse n'étant pas entre les mains de tout le monde, je mettrai ici le texte de ce beau sonnet, dont une faible traduction en prose donne une idée trop imparfaite:

Negli anni acerbi tuoi purpurea rosa

Sembravi tu, ch' a i rai tepidi allora

Non apre'l sen, ma nel suo verde ancora

Verginella s'asconde e vergognosa.


O piuttosto parei (che mortal cosa

Non s'assomiglia a te) celeste Aurora,

Che le campagne imperla e i monti indora,

Lucida in ciel sereno e rugiadosu.


Or la men verde età nulla a te toglie

Nè te, benchè negletta, in manto adorno,

Giovinetta beltà vince o pareggia.


Così è più vago il fior, poichè le foglie

Spiega odorate: e'l sol nel mezzo giorno

Vie più che nel mattin luce e fiammeggia.

La seconde Léonore était cette belle Sanvitali, comtesse de Scandiano, dont il s'était déclaré publiquement l'adorateur et pour laquelle furent évidemment faites plusieurs pièces de vers conservées parmi les siennes; mais cette passion fut toute poétique; elle naquit lorsque le Tasse était depuis dix ans à la cour de Ferrare, et put s'allier avec un sentiment plus vrai, plus profond, plus constant, qu'elle servait même à couvrir. C'est à quoi put servir aussi l'amour poétique et déclaré dont Lucrèce Bendidio fut l'objet dès les premiers temps du séjour du Tasse dans cette cour. Il n'avait alors que 21 ans; Léonore d'Este en avait 30; mais elle était belle, spirituelle, amie des arts et des vers, ennemie de l'éclat du monde, faible de santé, habituellement retirée, et même, dit-on, dévote[336]. L'effet de toutes ces qualités réunies sur un jeune poëte très-sensible put aisément effacer celui de l'inégalité d'âge; et l'accès facile qu'il obtint, l'intérêt vif qu'il inspira, l'intimité de ses lectures, les témoignages d'une admiration pour ses vers qui ne pouvait s'exprimer qu'avec beaucoup de charme, purent faire disparaître aussi l'effet de l'inégalité du rang. Il ne put se dissimuler son audace: mais à son âge, pénétré, comme tout porte à le croire, d'un sentiment aussi pur que son objet, et se confiant dans cette pureté même pour en espérer le succès, s'il craignit le sort d'Icare et de Phaëton, il se rassura par d'autres exemples que la fable offrait à son imagination et qui faisaient illusion à son cœur. «Eh! qui peut effrayer dans une haute entreprise, celui qui met sa confiance dans l'Amour? Que ne peut l'Amour, lui qui enchaîne le ciel même? Il attire du haut des célestes sphères Diane éprise de la beauté d'un mortel; il enlève dans les cieux le bel enfant du mont Ida.» C'est la traduction littérale d'un sonnet[337] qui ne peut avoir eu ni un autre sujet, ni un autre sens.