[Note 336: ][(retour) ] Les bons habitants de Ferrare avaient une si haute opinion de sa piété, qu'ils attribuèrent en 1570 à ses prières le salut de leur ville, menacée d'être submergée par le Pô dans un tremblement de terre qui se fit sentir à plusieurs reprises pendant les deux derniers mois de cette année-là, et pendant une partie de l'année suivante.
[Note 337: ][(retour) ] Se d'Icaro leggesti e di Fetonte, etc.
L'auteur d'une élégante Vie du Tasse, déjà citée plusieurs fois, a traduit ainsi ce sonnet:
Egli giù trahe da le celesti rote
Di terrena bellà Diana accesa,
E d'Ida il bel fanciullo al ciel rapisce:
«Diane brûlant pour une beauté humaine, n'enleva-t-elle pas dans le ciel le jeune pasteur du mont Ida?» Il est surprenant qu'un homme qui connaît aussi bien la fable et qui sait aussi bien l'italien, ait confondu les deux fables d'Endymion et de Ganymède, très-distinctes dans ce tercet.
[Voir note ajoutée 337 (annexe)]
Jusqu'à quel point sa témérité fut-elle heureuse? Il est impossible de le savoir; il l'est presque autant de croire qu'il ait rien obtenu, ni même eu jamais la moindre espérance de rien obtenir qui fût contraire à l'opinion que l'on a de Léonore; supposer autre chose, serait méconnaître ou l'existence ou l'empire du bel ensemble de qualités et de vertus qui l'avait touché. Mais que Léonore ait été flattée des hommages d'un si grand génie, des sentiments d'un si noble cœur, qu'elle ait pris à lui un intérêt affectueux, qui dans une âme tendre et mélancolique, dans la retraite d'une vie souvent languissante, ressemble beaucoup à l'amour, il ne paraît ni possible, ni nécessaire d'en douter. Le voile du plus profond mystère dut couvrir cette innocente intelligence, et il est plus aisé de concevoir que les conseils donnés au Tasse par Léonore, au sujet de Lucrèce Bendidio et du Pigna[338] eussent pour but ce voile mystérieux dont il importait de se couvrir, qu'il ne l'est de se figurer une sage et modeste princesse s'occupant à ce point d'un intérêt d'amour, qui lui était étranger.
[Note 338: ][(retour) ] Voyez ci-dessus, p. 174 et 175.
Rappelons-nous les dernières volontés que le Tasse déposa, en partant pour la France, entre les mains d'un ami, et ce sonnet qu'il voulait sauver seul de l'oubli et qui offre un de ces déguisements du nom de Léonore[339], dont nous avons vu d'autres exemples, et surtout cet appel fait à la protection de la princesse, qui l'accordera, disait-il, pour l'amour de lui. N'y voyons-nous pas le vœu d'un jeune homme passionné, pour que si le sort dispose de lui dans une contrée lointaine, ses intérêts et sa mémoire puissent occuper après lui celle dont il emporte l'image? Mais le Tasse, amoureux comme un poëte, était discret comme un chevalier. L'ami, dépositaire de ce testament, ignora sans doute lui-même la nature du sentiment qui l'avait dicté; nul autre ne fut admis dans ce secret, et je crois toujours fermement que l'indiscrétion de cet autre ami qui occasionna dans le palais du duc une affaire d'éclat[340] n'avait aucun rapport à Léonore.
[Note 339: ][(retour) ] Voyez ci-dessus, p. 178; et notez que ce sonnet, sans doute fait à l'occasion d'un départ de Léonore pour la campagne, ou d'un trop long séjour qu'elle y fit, est nécessairement antérieur de plusieurs années à l'arrivée de Léonore Sanvitali, comtesse de Scandiano à la cour de Ferrare, puisqu'elle n'y parut qu'en 1576, et que le voyage du Tasse en France date de 1571.
[Note 340: ][(retour) ] Ci-dessus, p. 204.
Ce n'étaient pas des indiscrétions que des pièces de vers dont la plupart ne courait point dans le public, ou qui, lors même qu'elles portaient un nom sacré, pouvaient, par un hasard heureux qui rassemblait dans la même cour plusieurs belles personnes de ce nom, laisser les esprits incertains, comme ils le furent en effet de l'aveu du Manso lui-même[341], sur celle qui en était l'objet. La galanterie des mœurs de ce temps faisait d'ailleurs regarder comme sans conséquence pour les femmes du plus haut rang ces hommages poétiques, qui, ne les engageant à rien, les flattaient sans les compromettre.