[Note 401: ][(retour) ] Egro io languiva, e d'alto sonno avvinta, etc.

[Note 402: ][(retour) ] Non potea la natura e l'arte omai, etc.

Un autre miracle plus difficile eût été que le duc Alphonse, instruit du déplorable état où il avait fait tomber ce grand homme, se laissât enfin fléchir; mais ce ne fut point la pitié qui le toucha, c'est qu'il trouva les garanties qu'il attendait pour être juste, ou plutôt pour cesser d'être barbare. Le prince de Mantoue, Vincent de Gonzague, dont il avait épousé la sœur, se résolut à lui demander la personne du Tasse, en lui promettant sur son honneur de le retenir à Mantoue auprès de lui, et de le garder de manière qu'il n'y eût jamais rien à en craindre. La liberté fut enfin accordée, et le Tasse sortit de Sainte-Anne[403], après sept ans, deux mois et quelques jours de la plus triste et de la plus cruelle captivité. Il partit de Ferrare avec le prince, son libérateur, sans avoir pu obtenir d'Alphonse une audience de congé qu'il lui fit demander, et qu'il désirait ardemment. Pour peu que l'on connaisse le cœur humain, on conçoit également ce désir et ce refus.

[Note 403: ][(retour) ] Le 5 ou le 6 juillet 1586.

Section III.

Suite de la Vie du Tasse, depuis sa sortie de Sainte-Anne
jusqu'à sa mort.

L'accueil que le Tasse reçut à Mantoue était propre à lui faire oublier ses disgrâces. Le vieux duc Guillaume lui donna dans son palais un logement commode, et ordonna qu'on lui fournît toutes les nécessités et toutes les commodités de la vie. Le prince qui l'avait amené le fit habiller décemment; enfin, les ministres et toute la cour, à l'exemple du duc et de son fils, le comblèrent de prévenances et de marques d'égards. Cela n'empêcha point qu'il ne continuât à ressentir de temps en temps les mêmes désordres de tête, les mêmes accès de mélancolie et de frénésie; que son affaiblissement ne fût à peu près le même, et qu'il ne se plaignît surtout d'avoir presque entièrement perdu la mémoire. Malgré cela, il reprit ses travaux littéraires, retoucha plusieurs de ses dialogues philosophiques, et en composa de nouveaux[404]. Inspiré par un sentiment de piété filiale, il retoucha ce que son père avait laissé du Floridante, poëme tiré d'un épisode d'Amadis[405], suppléa ce qui y manquait, le fit imprimer à Bologne et le dédia au duc de Mantoue[406]. Enfin, il acheva, ou plutôt il refondit entièrement une tragédie qu'il avait commencée autrefois[407], et lui donna pour titre Torrismond, roi des Goths; mais il ne termina pas sans peine cet ouvrage, et l'on a conservé un trait qui prouve combien les bons livres anciens étaient encore peu communs. Il eut besoin d'un Euripide lorsqu'il était occupé de cette tragédie, et malgré tous les soins que se donna la jeune princesse de Mantoue, pour qui il la composait, malgré toutes les recherches qu'elle fit faire, on n'en put trouver un, ni dans la bibliothèque du duc, ni ailleurs: il fallut que le Tasse se passât de ce secours[408].

[Note 404: ][(retour) ] Il composa aussi alors une longue lettre, ou plutôt un traité politique, en réponse à cette question, qui lui fut adressée de la part du duc d'Urbin, François-Marie II, par le secrétaire de ce prince: «Quel est le meilleur gouvernement, soit républicain, soit d'un seul, ou le gouvernement parfait, mais non durable, ou le moins parfait, mais qui puisse durer long-temps?» Cette réponse, où l'on reconnaît la manière de philosopher que le Tasse avait apprise à l'école de Platon, plut tellement au duc d'Urbin, qu'il la relut plusieurs fois, et qu'il la plaça dans sa Bibliothèque parmi ses manuscrits les plus précieux. Elle est imprimée sous ce titre: Lettera politica al sig. Giulio Giordani (c'était le nom du secrétaire), Nº. 696 des Lettres du Tasse, t. V des Œuvres, édit. de Florence, p. 293.

[Note 405: ][(retour) ] Voyez ci-dessus, p. 58.

[Note 406: ][(retour) ] Pour être plus exact, il faut dire que ce fut son ami Costantini, secrétaire de l'ambassadeur de Toscane à la cour de Ferrare, qui fit imprimer ce poëme à ses frais, et qui y ajouta des arguments de sa façon. Il est intitulé: Il Floridante del sig. Bernardo Tasso, al serenissimo sig. Guglielmo Gonzaga, duca di Mantova, etc. Bologna, 1587, in-4º. Il fut réimprimé la même année à Mantoue, in-4º et à Bologne, in-8º.