En arrivant à Rome[434], il se trouva si affaibli, qu'il fut obligé de se mettre au lit, où il resta malade près de quinze jours. Les cardinaux étaient alors en conclave pour élire un successeur à Sixte-Quint.

[Note 433: ][(retour) ] : L'Infarinato (Leonardo Salviati) était mort environ dix mois auparavant, 11 juillet 1589; mais l'Inferigno (Bastiano de' Rossi) vivait et se trouvait à Florence.

[Note 434: ][(retour) ] 10 septembre; il était parti de Florence le 5.

Leur choix se fixa sur le cardinal de Crémone[435] qui prit le nom d'Urbain VII. Le Tasse avait eu avec lui des relations d'amitié qui lui firent concevoir de nouvelles espérances. Dans le mouvement de joie que lui donna cette élection, il composa une des plus grandes et des plus belles odes ou canzoni qu'il eût jamais faites, dans ce genre héroïque où, de l'aveu des meilleurs juges[436], il surpassait tous les autres poëtes italiens. Mais sa joie ne fut pas de longue durée. Urbain VII ne régna et ne vécut que douze jours. Après de longs débats dans le nouveau conclave, il eut Grégoire XIV pour successeur[437]. Le duc de Mantoue envoya en ambassade auprès du nouveau pontife, son parent Charles de Gonzague. Celui-ci amenait avec lui pour secrétaire Costantini, l'un des plus chers et des plus fidèles amis du Tasse. L'ambassadeur et le secrétaire renouvelèrent auprès du poëte les instances qui lui avaient déjà été faites de la part du duc. Costantini surtout y mit toute la chaleur de l'amitié. Le Tasse se laissa vaincre encore une fois, et partit avec lui pour Mantoue[438]. C'était pendant l'hiver; ils firent cette route à cheval, et le Tasse était si faible qu'ils furent près d'un mois à la faire.

[Note 435: ][(retour) ] Giamb. Castagna.

[Note 436: ][(retour) ] Crescimbeni, Muratori, Ant. Maria Salvini, etc. Cette belle canzone, composée de huit stances de vingt vers, commence par celui-ci:

Da gran lode immortal del re superno.

[Note 437: ][(retour) ] 5 décembre. C'était le cardinal Niccolò Sfondrato.

[Note 438: ][(retour) ] 20 février 1591.

La réception qui lui fut faite dans cette cour ne fut point au-dessous de ce qu'on lui avait promis. Il commença presque aussitôt à s'occuper du projet d'une édition générale de ses ouvrages, dont son fidèle Costantini traitait pour lui avec des libraires de Mantoue, de Venise et de Bergame; et il composa plusieurs pièces de vers, tantôt à la louange du duc et de la duchesse, tantôt sur d'autres sujets. Il fit surtout un petit poëme de près de mille vers en octaves sur la généalogie de la maison de Gonzague[439]. Malgré la sécheresse apparente du sujet, il trouva le moyen d'y répandre tous les ornements de la poésie. On y remarque surtout un épisode de plus de trente strophes, où il décrit en vers dignes du chantre de Godefroy, la descente de Charles VIII en Italie, et la bataille de Fornoue[440]. Cependant, l'influence de ce climat humide et marécageux s'étant jointe à la mauvaise disposition où il était déjà, il éprouva une maladie grave et dangereuse qui le fit souffrir et languir pendant presque tout l'été. Cette épreuve le dégoûta du séjour de Mantoue; et il tourna encore une fois, avec regret et avec le plus vif désir, ses pensées vers l'heureux climat de Naples.

[Note 439: ][(retour) ] La Genealogia della sereniss. casa Gonzaga, etc., imprimée pour la première fois dans le t. III des Opere postume del Tasso, publiées à Rome par Marcantonio Foppa, 1666, 3 vol. in-4°. Ce poëme est sans titre dans le t. II des Œuvres, édit. de Florence, et commence par ce vers:

Sante Muse immortali e sacre menti.