[Voir note ajoutée 443 (annexe)]

Deux neveux de Clément VIII reçurent le Tasse, à son arrivée, avec un empressement qui lui garantissait les bontés du pape leur oncle. L'aîné surtout, nommé Cinthio[446] Aldobrandini, conçut dès lors pour lui la plus tendre amitié; et ce fut dans ses appartements au Vatican que fut logé le Tasse. Le premier travail dont il s'y occupa fut de mettre la dernière main à sa Jérusalem conquise. Il répondit à l'affection que lui témoignait son nouvel ami en le lui dédiant. Cinthio, reconnaissant de cet hommage, redoubla de soins, et facilita au Tasse tous les moyens de faire imprimer promptement son poëme. Celui-ci n'attendit, pour le mettre sous presse, que la promotion de Cinthio au cardinalat. La Jérusalem conquise parut enfin peu de mois après[447]. Le succès en fut d'abord assez grand; mais lorsque la curiosité qu'il avait excitée fut satisfaite, on revint généralement de la seconde Jérusalem à la première, et l'on s'y est toujours tenu depuis[448]. Quelque fut le jugement du public sur cet ouvrage, celui du Tasse fut toujours entièrement en sa faveur. Il a laissé dans un de ses écrits[449] une preuve irrécusable de la constance de cette opinion; et c'est sans aucune preuve, sans même le plus léger fondement, que le Manso a dit dans sa Vie, et qu'on a répété après lui que le Tasse, peu satisfait encore de sa seconde Jérusalem, avait formé le projet d'une troisième.

[Note 446: ][(retour) ] L'autre se nommait Pietro.

[Note 447: ][(retour) ] En décembre. Elle était intitulée: Di Gerusalemme conquistata del sig. Torquato Tasso libri XXIV, Roma, 1593, in-4°. Abel l'Angelier ne tarda pas à en donner une jolie édition in-12, à Paris, 1595. Voyez ci-après, chap. XVII.

[Note 448: ][(retour) ] Je n'en dirai pas davantage ici de ce poëme, qui n'est guère connu que de nom, et sur lequel je reviendrai.

[Note 449: ][(retour) ] Del Giudizio sopra la Gerusalemme di Torquato Tasso da lui medesimo riformata, etc., t. IV des Œuvres, édit. de Florence, in-fol.

Aussitôt qu'il fut délivré de ce poëme, il se remit à celui des Sept Journées. Il l'avait commencé en vers libres (sciolti), et le continua de même. Bientôt il en eut achevé les deux premiers livres[450], et considérablement avancé l'ébauche des suivants. Mais malgré la vie agréable et douce qu'il menait à Rome, et la liberté dont il y jouissait, le retour de ses infirmités qui se firent sentir avec une nouvelle force, lui fit désirer d'aller passer l'été à Naples. Il en obtint la permission du pape et de ses neveux. En arrivant[451], il choisit pour sa demeure le monastère de Sanseverino de l'ordre du Mont-Cassin, où ses amis, et le premier de tous, le marquis de Villa, vinrent l'embrasser et le féliciter de son retour. Ayant repris sa vie accoutumée, il partageait ses journées entre le travail, les visites qu'il recevait, et celles qu'il rendait au Manso, au prince de Conca, ou à d'autres illustres amis, quand sa santé lui permettait de sortir. L'un de ceux qu'il visitait avec le plus de plaisir, était Carlo Gesualdo, prince de Venosa, célèbre amateur et compositeur de musique. Le Tasse, qui avait toujours passionnément aimé ce bel art, se plaisait singulièrement à entendre ses savantes compositions. Les madrigali à plusieurs voix étaient alors fort à la mode; Gesualdo y excellait; il eut plusieurs fois recours au Tasse, qui fit pour lui plus de trente de ces petites pièces, dont neuf sont imprimées avec la musique dans le recueil en six livres, des madrigali du prince de Venosa[452].

[Note 450: ][(retour) ] 450: Dès le commencement de 1594.

[Note 451: ][(retour) ] 3 juin.

[Note 452: ][(retour) ] Partitura delli sei libri de' madrigali a cinque voci dell'illustriss. ed eccellentiss. principe di Venosa D. Carlo Gesualdo, etc., Genova, 1613, in-fol.