[Note 463: ][(retour) ] Il était peint par Scipion Gaetano, et appartenait (toujours en 1785) à un peintre nommé François Romero.
[Note 464: ][(retour) ] Ce dernier appartenait à l'abbé Serassi, et lui avait été donné par son auteur, Joseph Gades, qui avait su, dit l'historien du Tasse, par une de ces touches agréables qui lui étaient familières, rendre parfaitement l'enthousiasme et l'esprit de ce grand poëte. Ce portrait doit avoir passé, après la mort de Serassi, arrivée en 1791, dans les mêmes mains que ses livres.
Le plus intéressant pour nous est celui qui orne à Paris le cabinet de M. le sénateur Abrial, et qui est très-fidèlement gravé, en tête de la traduction de la Jérusalem délivrée, dans l'édition de 1803[465]. Ce portrait, était à Sorrento, dans la maison où naquit le Tasse, encore habitée aujourd'hui par les descendants de sa sœur Cornelia[466]. En 1799[467], quand l'armée française, sous les ordres du général Macdonald, occupait le royaume de Naples, Sorrento s'étant révolté, fut pris d'assaut, après trois jours de siége. Le général, averti de l'existence de cette maison par M. Abrial, alors commissaire pour le gouvernement français à Naples, la sauva du pillage et prit soin qu'elle fût respectée. La famille, pénétrée de reconnaissance, lui offrit, quelques jours après, ce qu'elle avait de plus précieux, le portrait du Tasse, et le général en fit présent à M. Abrial, premier auteur de la bonne action qu'il avait faite. Le Tasse y est représenté à l'âge où l'on dit que le cardinal Cinthio le fit peindre à Rome, et c'est peut-être une copie, ou plutôt un double du portrait de Frédéric Zucchero, accordé par le cardinal à la famille du Tasse après sa mort. Ce qui porte à croire qu'il ne fut pas fait à Naples, c'est que le Manso n'en parle pas, lui qui a tracé, dans la Vie de son ami, un portrait si détaillé, si minutieusement circonstancié de toute sa personne[468].
[Note 465: ][(retour) ] Voyez ci-dessus, p. 157 et 158.
[Note 466: ][(retour) ] Cornelia ayant perdu son premier mari Sersale, épousa en secondes noces Giovan. Leonardo Spasiano, dont le descendant direct, M. Gaetano Spasiano, propriétaire actuel de cette maison, avec deux demoiselles Spasiano ses sœurs ou ses parentes, y possédait ce beau portrait de famille.
[Note 467: ][(retour) ] Floréal an VII.
[Note 468: ][(retour) ] Il en fit cependant faire un, mais en petit, et il le donna ou du moins le prêta au Tasse, qui le laissa au cardinal Cinthio, légataire du peu de fortune qu'il pouvait avoir, en le priant de faire rendre ce petit portrait au Manso. C'est ce que nous apprend cette clause de son testament, rapporté en entier par le Manso lui-même, dans sa Vie du Tasse: E fo de' beni di fortuna erede il sig. cardinal Cinthio; cui priego che faccia al sig. Gio. Batt. Manso quella picciola tavoletta restituire, dove egli mi fece dipingere, e che dar non m'ha voluto, se non in prestanza. (Vita del Tasso, Nº. 115.) On ignore ce que ce précieux petit tableau est devenu.
Le Tasse était d'une taille si haute que, selon l'expression du Manso, il pouvait être compté pour l'un des hommes les plus grands parmi ceux qui l'étaient le plus. Son teint était blanc; les veilles, les chagrins et les souffrances l'avaient rendu pâle. Il avait la tête assez grosse et un peu aplatie au sommet, le front large, ouvert et presque entièrement chauve. Ses cheveux et sa barbe étaient entre le brun et le blond; ses sourcils noirs, bien arqués et peu épais; ses yeux grands, d'un bleu très-vif et très-doux[469]; les mouvements et les regards en étaient pleins de gravité; et souvent, dit encore le Manso, il les tournait ensemble vers le ciel, comme pour suivre les élans de son ame, habituellement élevée vers les choses célestes. Ses joues étaient maigres, son nez long et un peu incliné; sa bouche grande, relevée aux extrémités dans cette forme qu'on appelle léonine; ses lèvres fines et souvent pâles, ses dents bien rangées, larges et blanches. Il riait rarement, et n'éclatait jamais. Sa voix était claire, sonore, mais sa langue était peu déliée, et même il bégayait[470]. Sa taille, quoique très-grande, était bien proportionnée; il réussissait à tous les exercices du corps que l'on nommait alors chevaleresques[471]; naturellement brave, il y montrait autant d'habileté que de courage, mais plus d'adresse que de grâce. Il y avait enfin dans toute sa personne, mais principalement sur son visage, quelque chose de noble et d'attrayant, qui, lors même qu'on n'était pas prévenu de son mérite extraordinaire, inspirait l'intérêt et commandait le respect.
[Note 469: ][(retour) ] Le Capaccio, dans ses Elogia illustrium litteris virorum, p. 281, dit que ses yeux étaient louches: Quem cernis procera statura virum, luscis oculis, subflavo capillo, etc. Mais il est le seul qui le dise; le Manso n'en parle pas.
[Note 470: ][(retour) ] Il parle, en plusieurs endroits de ses lettres, de son impedimento di lingua, ainsi que de sa vue faible et courte.