[Note 485: ][(retour) ] Je n'ai cru devoir rien changer, ni à ceci, ni à ce qui précède, ni à ce qui va suivre sur l'académie de la Crusca, quoiqu'elle vienne d'être rétablie par un décret de l'Empereur et Roi, que S. M. ait eu pour moi l'extrême indulgence de m'y nommer associé correspondant, et que j'aie reçu, à ce sujet, de l'académie, la lettre d'adoption la plus obligeante. Cette distinction, d'autant plus flatteuse qu'elle était inattendue, et que je suis le seul Français à qui S. M. ait daigné l'accorder, ne change rien à mes devoirs d'historien. La nouvelle académie n'est nullement responsable de la seule erreur grave que l'on reproche à l'ancienne; et je ne puis craindre de blesser ceux dont je tiens à grand honneur d'être le confrère, en rappelant, comme ces devoirs m'y obligent, une faute de leurs premiers prédécesseurs, reconnue par tout ce qu'il y eut ensuite de plus distingué dans cette illustre compagnie, et expiée par de longs regrets.

«Notre académie, qui n'a pris, comme on sait, le titre de la Crusca que parce qu'elle blutte[486] la farine qu'on lui présente de temps en temps pour en séparer le son[487], se trouvant l'autre jour en grand nombre, selon sa coutume, dans le lieu de sa résidence, et ayant appris de son concierge[488] qu'on avait laissé quelques jours auparavant, un petit sac de farine pour qu'il fût passé par le bluttoir[489], elle le fit aussitôt apporter devant elle par les garçons de son fermier[490]. Ayant lu dans le Laissez passer[491], qui était cousu dessus, le nom de Camillo Pellegrino, elle fit délier l'ouverture du sac[492], et les censeurs y ayant ensuite donné un coup-d'œil, elle ordonna à ses agents d'en prendre sur-le-champ la mesure et le poids, et d'enregistrer l'un et l'autre avec le Laissez passer, sur le livre des comptes. Cela fut fait promptement; et par ordre de l'archiconsul (c'était le titre du président de l'académie); la farine fut en peu de temps sassée par le bluttoir[493], et le son en fut suffisamment séparé. D'après nos priviléges, lorsqu'il sort de cette opération la moitié plus de son que de farine, celle-ci reste à l'académie; l'autre, c'est-à-dire le son demeure au propriétaire, et tout au rebours dans le cas contraire. Or dans ce bluttage[494] la quantité du son qui est sorti étant supérieure de trois quarts, la farine fut, en conséquence, confisquée au profit de notre cellier[495]. Les censeurs jugeant qu'elle avait un peu plus que moins d'amertume[496], à cause des lupins, ou de quelque autre chose qu'on avait mêlée avec le grain, les académiciens ne voulurent pas qu'on la confondît avec la nôtre, ni même qu'on la gardât à part dans le cellier: ils ordonnèrent qu'elle fût mise sur la place[497], et pour que personne ne pût se plaindre de ladite amertume, j'eus ordre d'attacher cette paperasse sur le sac[498]; j'obéis sans délai et je la publie dans une forme authentique. Je préviens en même temps les gens sages que cette marchandise, quelle qu'elle soit, n'a point été recueillie sur nos terres, et que le goût qui vient du grain même, ne peut être changé, ni par la meule, ni par le tamis[499]

[Note 486: ][(retour) ] Per l'abburattare ch'ella fa, etc.

[Note 487: ][(retour) ] La crusca.

[Note 488: ][(retour) ] Dal sua Massajo.

[Note 489: ][(retour) ] Un sacchetto di farina perchè si passasse per lo frullone.

[Note 490: ][(retour) ] Per li sergenti del suo Castaldo.

[Note 491: ][(retour) ] : Nella bulletta che vi era cucita sopra.

[Note 492: ][(retour) ] Fatto scioglier la bocca al sacco.

[Note 493: ][(retour) ] Stacciata dallo frullone.