—Que si, insinua Phrasilas, que si d'une part je louerais volontiers…»

Et il soutint avec un grand charme deux thèses dépourvues de tout intérêt.

*
* *

Une à une, douze danseuses parurent, les deux premières jouant de la flûte et la dernière du tambourin, les autres claquant des crotales. Elles assurèrent leurs bandelettes, frottèrent de résine blanche leurs petites sandales, attendirent, les bras étendus, que la musique commençât… Une note… deux notes… une gamme lydienne… et sur un rythme léger les douze jeunes filles s'élancèrent.

Leur danse était voluptueuse, molle et sans ordre apparent, bien que toutes les figures en fussent réglées d'avance. Elles évoluaient dans un petit espace; elles se mêlaient comme des flots. Bientôt elles se formèrent par couples, et, sans interrompre leur pas, elles dénouèrent leurs ceintures et laissèrent choir leurs tuniques roses. Une odeur de femmes nues se répandit autour des hommes, dominant le parfum des fleurs et le fumet des viandes entr'ouvertes. Elles se renversaient avec des mouvements brusques, le ventre tendu, les bras sur les yeux. Puis elles se redressaient en creusant les reins, et leurs corps se touchaient en passant, du bout de leurs poitrines secouées. Timon eut la main caressée par une cuisse fugitive et chaude.

«Qu'en pense notre ami? dit Phrasilas de sa voix frêle.

—Je me sens parfaitement heureux, répondit Timon. Je n'ai jamais compris si clairement que ce soir la mission suprême de la femme.

—Et quelle est-elle?

—Se prostituer, avec ou sans art.

—C'est une opinion.