—Mais alors, pourquoi m’as-tu dit?...
—Pour que tu me battes, Mateo. Quand je sens ta force, je t’aime, je t’aime; tu ne peux pas savoir comme je suis heureuse de pleurer à cause de toi. Viens, maintenant. Guéris-moi bien vite.»
Et il en fut ainsi, monsieur, jusqu’à la fin. Quand elle se fut convaincue que ses fausses confessions ne m’abusaient plus, et que j’avais toutes les raisons de croire à sa fidélité, elle inventa de nouveaux prétextes pour exciter en moi des colères quotidiennes. Et le soir, dans la circonstance où toutes les femmes répètent: «Tu m’aimeras longtemps», j’entendais, moi, ces phrases stupéfiantes (mais réelles: je n’invente rien): «Mateo, tu me battras encore? Promets-le moi: tu me battras bien! Tu me tueras! Dis-moi que tu me tueras!»
Ne croyez pas, cependant, que cette singulière prédilection fût la base de son caractère. Non; si elle avait le besoin du châtiment, elle avait aussi la passion de la faute. Elle faisait mal, non pour le plaisir de pécher, mais pour la joie de faire mal à quelqu’un. Son rôle dans la vie se bornait là: semer la souffrance et la regarder croître.
Ce furent d’abord des jalousies dont vous ne pouvez avoir idée. Sur mes amis et sur toutes les personnes qui composaient mon entourage, elle répandit des bruits tels, et au besoin se montra directement si insultante que je rompis avec tous et restai seul. L’aspect d’une femme, quelle qu’elle fût, suffisait à la mettre en fureur. Elle renvoya toutes mes domestiques, depuis la fille de basse-cour jusqu’à la cuisinière, quoiqu’elle sût parfaitement que je ne leur parlais même pas. Puis elle chassa de la même façon celles qu’elle avait choisies elle-même. Je fus contraint de changer tous mes fournisseurs, parce que la femme du coiffeur était blonde, parce que la fille du libraire était brune, et parce que la marchande de cigares me demandait de mes nouvelles quand j’entrais dans sa boutique. Je renonçai en peu de temps à me montrer au théâtre: en effet, si je regardais la salle, c’était pour me repaître de la beauté d’une femme, et si je regardais la scène, c’était une preuve décisive que je devenais amoureux d’une actrice. Pour les mêmes raisons, je cessai de me promener avec elle en public: le moindre salut devenait à ses yeux une sorte de déclaration. Je ne pouvais ni feuilleter des gravures, ni lire un roman, ni regarder une Vierge, sous peine d’être accusé de tendresse à l’égard du modèle, de l’héroïne ou de la Madone. Je cédais toujours, je l’aimais tant! Mais après quelles luttes fastidieuses!
En même temps que sa jalousie s’exerçait ainsi contre moi, elle tentait d’entretenir la mienne, par des moyens qui, de factices qu’ils étaient en premier lieu, devinrent plus tard véritables.
Elle me trompa. Au soin qu’elle prenait de m’en avertir chaque fois, je reconnus qu’elle cherchait moins sa propre émotion que la mienne; mais enfin, même moralement, ce n’était guère une excuse valable, et en tout cas, lorsqu’elle revenait de ces aventures particulières, je n’étais pas en état de faire leur apologie, vous le comprendrez sans peine.
Bientôt, il ne lui suffit plus de me rapporter les preuves de ses infidélités. Elle voulut renouveler la scène de la grille, et cette fois sans aucune feinte. Oui! Elle machina, contre elle-même, une surprise en flagrant délit!
Ce fut un matin. Je m’éveillai tard: je ne la vis pas à mon côté. Une lettre était sur la table et me disait en quelques lignes:
«Mateo qui ne m’aimes plus! Je me suis levée pendant ton sommeil et j’ai été retrouver mon amant, hôtel X..., chambre 6; tu peux me tuer là si tu veux, la serrure restera ouverte. Je prolongerai ma nuit d’amour jusqu’à la fin de la matinée. Viens donc! j’aurai peut-être la chance que tu me voies pendant une étreinte,