Pausole débout dans sa chambre, se croisa les bras et secoua la tête.

—Que suis-je venu faire si loin? dit-il tout haut. Dans quelle escapade me suis-je lancé? Me voilà sur les grandes routes, moi aussi, à plus de trois kilomètres de mon palais, prêt à dormir dans un lit de hasard, sans aucune de mes aises ni de mes habitudes familières. Quelle folie que cette aventure!

Mais Diane, qui avait bien des raisons de souhaiter que l'aventure parût bonne et durât le plus longtemps possible, conduisit le Roi vers un vaste fauteuil et s'accroupit à ses pieds.

Elle opposait un esprit simple aux complexités de la vie, et c'eût été la méconnaître que voir en elle une cérébrale; mais elle était, par intuition, experte à régler sa politique sur la psychologie de l'amour, seule partie de la sagesse où elle eût acquis des lumières. Nul autre conseil que le sien n'avait amené le Roi à retarder son départ au moment où elle désirait qu'il ne quittât point le palais. Il lui fallait maintenant prolonger l'excursion, mais surtout y prendre part, c'est-à-dire se faire pardonner sa poursuite importune et contraire aux règlements.

Sur ce dernier point, elle pensa que le silence lui serait d'un meilleur secours que la contrition, car les excuses rappellent la faute plus certainement qu'elles ne l'atténuent, et elles provoquent le ressentiment même lorsqu'elles obtiennent les mots du pardon.

Diane ne s'excusa donc en aucune manière. Elle compta sur la seule influence de son bonheur personnel pour apaiser l'esprit du Roi, et elle leva vers lui un visage dont le calme n'était troublé que par l'éclat d'un noir regard.

—Que je me sens bien ici, dit-elle, et quel souvenir adorable je rappellerai en moi plus tard en songeant à cette chambre étrangère! Voyez: notre hôte a disposé toutes choses selon vos goûts particuliers. Il fait confortable et frais entre ces murs. Voici un divan bas; un autre plus haut et moins ferme; et celui-ci qui est si large, et celui-là qui est si bien placé dans l'air libre de la grande fenêtre. Voici des citrons et du sucre. Et voici de votre porto sec. J'en avais pris avec moi de peur qu'on ne l'eût oublié.

—Est-il vrai? fit Pausole.

—En voulez-vous maintenant?

—Non. Il suffit que je le sache à ma portée. Mais cela m'aurait fort contrarié de ne pas le voir avant de m'endormir.