Un premier plaideur s'avança.

C'était un étranger, un marin catalan. Il tendait des bras presque noirs hors d'une chemise aux manches troussées.

—Sire, s'écria-t-il, justice contre ma femme! Elle est partie avec un autre!

—Ouais! fit le Roi.—Que veux-tu que j'y fasse?


Il cueillit une cerise au cerisier, en déchira la peau du bout des dents et suça la pulpe juteuse avec un visible rafraîchissement.

—Mais, sire, nous étions mariés devant l'alcade et devant le prêtre. Elle a juré sur l'Évangile...

—Et si elle t'avait juré de ne pas mourir avant trente ans, l'enverrais-tu à la prison le jour où elle aurait la peste? Elle a juré, dis-tu? C'est le seul tort que je lui reconnaisse. Encore, avec les lois de ton singulier pays, était-ce le plus vain des serments forcés. Tu viens justement d'en avoir la preuve. Si encore elle t'abusait! si elle feignait de se plaire à toi pour ne pas être chassée! tu pourrais... Mais elle ne te trompe pas, puisqu'elle est partie. Sa franchise est irréprochable. Et pourquoi est-elle partie? Sans doute parce qu'elle a trouvé quelqu'un de supérieur à ta personne, par la jeunesse, par la beauté, par le caractère, ou, qui sait? peut-être même par la fortune. Tu admets qu'une jeune fille puisse peser tous ces arguments le jour où elle prend époux. À plus forte raison quand elle est devenue femme et que l'expérience la conseille.

—Il est pourtant écrit dans le code: «Tu ne nuiras pas à ton voisin».