Nous reposons, les yeux fermés; le silence est grand autour de notre couche. Nuits ineffables de l'été! Mais elle, qui me croit endormie, pose sa main chaude sur mon bras.
Elle murmure: « Bilitis, tu dors? » Le cœur me bat, mais sans répondre, je respire régulièrement comme une femme couchée dans les rêves. Alors elle commence à parler:
« Puisque tu ne m'entends pas, dit-elle, ah! que je t'aime! » Et elle répète mon nom. « Bilitis... Bilitis... » Et elle m'effleure du bout de ses doigts tremblants:
« C'est à moi, cette bouche! à moi seule! Y en a-t-il une plus belle au monde? Ah! mon bonheur, mon bonheur! C'est à moi ces bras nus, cette nuque et ces cheveux... »
76 — L'ABSENCE
Elle est sortie, elle est loin, mais je la vois, car tout est plein d'elle dans cette chambre, tout lui appartient, et moi comme le reste.
Ce lit encore tiède où je laisse errer ma bouche, est foulé à la mesure de son corps. Dans ce coussin tendre a dormi sa petite tête enveloppée de cheveux.
Ce bassin est celui où elle s'est lavée; ce peigne a pénétré les nœuds de sa chevelure emmêlée. Ces pantoufles prirent ses pieds nus. Ces poches de gaze continrent ses seins.
Mais ce que je n'ose toucher du doigt, c'est ce miroir où elle a vu ses meurtrissures toutes chaudes, et où subsiste peut-être encore le reflet de ses lèvres mouillées.