Hélas, si je pense à elle, ma gorge se dessèche, ma tête retombe, mes seins durcissent et me font mal, je frissonne et je pleure en marchant.
Si je la vois, mon cœur s'arrête, mes mains tremblent, mes pieds se glacent, une rougeur de feu monte à mes joues, mes tempes battent douloureusement.
Si je la touche, je deviens folle, mes bras se raidissent, mes genoux défaillent. Je tombe devant elle, et je me couche comme une femme qui va mourir.
De tout ce qu'elle me dit je me sens blessée. Son amour est une torture et les passants entendent mes plaintes... Hélas! Comment puis-je l'appeler Bien-Aimée?
78 — LA PURIFICATION
Te voilà! défais tes bandelettes, et tes agrafes et ta tunique. Ôte jusqu'à tes sandales, jusqu'aux rubans de tes jambes, jusqu'à la bande de ta poitrine.
Lave le noir de tes sourcils, et le rouge de tes lèvres. Efface le blanc de tes épaules et défrise tes cheveux dans l'eau.
Car je veux t'avoir toute pure, telle que tu naquis sur le lit, aux pieds de ta mère féconde et devant ton père glorieux,
Si chaste que ma main dans ta main te fera rougir jusqu'à la bouche, et qu'un mot de moi sous ton oreille affolera tes yeux tournoyants.