Ma petite enfant, si peu d'années que j'aie de plus que toi-même, je t'aime, non pas comme une amante, mais comme si tu étais sortie de mes entrailles laborieuses.

Lorsque étendue sur mes genoux, tes deux bras frêles autour de moi, tu cherches mon sein, la bouche tendue, et me tettes avec lenteur entre tes lèvres palpitantes,

Alors je rêve qu'autrefois, j'ai allaité réellement cette bouche douillette, souple et baignée, ce vase myrrhin couleur de pourpre où le bonheur de Bilitis est mystérieusement enfermé.

Dors. Je te bercerai d'une main sur mon genou qui se lève et s'abaisse. Dors ainsi. Je chanterai pour toi les petites chansons lamentables qui endorment les nouveaux-nés...

80 — PROMENADE AU BORD DE LA MER

Comme nous marchions sur la plage, sans parler, et enveloppées jusqu'au menton dans nos robes de laine sombre, des jeunes filles joyeuses ont passé.

« Ah! c'est Bilitis et Mnasidika! Voyez, le beau petit écureuil que nous avons pris: il est doux comme un oiseau et effaré comme un lapin.

« Chez Lydé nous le mettrons en cage et nous lui donnerons beaucoup de lait avec des feuilles de salade. C'est une femelle, elle vivra longtemps. »

Et les folles sont parties en courant. Pour nous, sans parler nous nous sommes assises, moi sur une roche, elle sur le sable, et nous avons regardé la mer.

81 — L'OBJET