Elles se tiennent immobiles, les mains posées sur les genoux. Quand elles offrent la bouillie elles murmurent: « Bonheur. » Et quand on les remercie, elles disent: « Grâce à toi. »

Elles comprennent le hellène et feignent de le parler mal pour se rire de nous dans leur langue; mais nous, dent pour dent, nous parlons lydien et elles s'inquiètent tout à coup.

106 — JE CHANTE MA CHAIR ET MA VIE

Certes je ne chanterai pas les amantes célèbres. Si elles ne sont plus, pourquoi en parler? Ne suis-je pas semblable à elles? N'ai-je pas trop de songer à moi-même?

Je t'oublierai, Pasiphaë, bien que ta passion fût extrême. Je ne te louerai pas, Syrinx ni toi, Byblis, ni toi, par la déesse entre toutes choisie, Hélène aux bras blancs!

Si quelqu'un souffrit, je ne le sens qu'à peine. Si quelqu'un aima, j'aime davantage. Je chante ma chair et ma vie, et non pas l'ombre stérile des amoureuses enterrées.

Reste couché, ô mon corps, selon ta mission voluptueuse! Savoure la jouissance quotidienne et les passions sans lendemain. Ne laisse pas une joie inconnue aux regrets du jour de ta mort.

107 — LES PARFUMS

Je me parfumerai toute la peau pour attirer les amants. Sur mes belles jambes, dans un bassin d'argent, je verserai du nard de Tarsos et du metôpiôn d'Aigypte.

Sous mes bras, de la menthe crépue; sur mes cils et sur mes yeux, de la marjolaine de Kôs. Esclave, défais ma chevelure et emplis-la de fumée d'encens.