Ce coutelas était long comme les deux tiers du bras. La poignée en était courte, mais solide et bien en main, sans autre garde qu'une languette de cuivre qui recouvrait le talon. La lame apparut, d'un bleu noir, habillée par des dentelles d'or de ses damasquinures fines, et toute nue au fil du tranchant.
El Hadj Omar pinça la nervure avec le bout du pouce et de l'index. Sa main fila jusqu'à la pointe aiguë, et la contourna en s'échappant, comme si elle eût passé autour du feu.
—Avec ça, dit-il encore, mon frère a tué d'un coup un homme et une femme. D'un coup du poing. C'est un bon couteau.
Un homme et une femme? Nous voulûmes savoir l'histoire. Le Marocain hésitait. Enfin, il se laissa prier.
Nous nous assîmes sur un talus vert, dans un tournant de la vallée où les fleurs inondaient la terre. Une végétation prodigieuse descendait des flancs de la montagne; térébinthes et palmiers nains, phyllireas, micocouliers. Des buissons de myrtes et de lentisques et de bruyères arborescentes environnaient les jujubiers couverts de feuilles printanières. Des tamaris et des buplèvres croissaient au bord d'une eau fuyante où frissonnaient des lauriers-roses.
Et tel fut le récit que nous entendîmes dans cette vallée paradisiaque: