Accompagnée de Tina Kerbiel le plus souvent, parfois seule, selon que la circonstance pressait plus ou moins, elle commença des courses qui, en peu de jours, lui firent une notoriété d’ange consolateur.

Elle se montra les mains pleines de soins pieux, les lèvres ouvertes aux douces paroles. On la rencontra aussi bien près des berceaux qu’au chevet des infortunes moins attrayantes.

Elle se fit toute à tous, et son cœur s’élargit de toute cette affection désintéressée, en même temps que son esprit s’ouvrait plus vaste aux autres conceptions du devoir social.

Et sans qu’elle pût s’en rendre compte, sans qu’elle soupçonnât sa renommée croissante, Maïna ne marcha plus que le front ceint d’une auréole, pendant que le bruit de ses bienfaits préparait d’avance sa route et jonchait de fleurs le chemin sous ses pas.

La « nièce du docteur », ainsi qu’on la nommait sur la côte, devint la créature idéale, adorée de tous les pauvres gens.

Sa beauté séraphique, le délicieux sourire de ses lèvres roses permettaient, d’ailleurs, encourageaient même ces exaltations populaires qui la comparaient sans exagération aux anges.

Ce fut au milieu de ces changements à leur précédente existence, au moment où les brumes d’automne commencèrent à épandre leur voile gris au-dessus de la mer, des rochers et des falaises, que Joël se décida à tenter auprès de son oncle la démarche décisive de laquelle allait dépendre son bonheur et celui de Maïna.

On était en octobre.

Les premières pluies avaient déjà barbouillé le ciel, et des nuées floconneuses se traînaient en haillons sur les flots devenus subitement gris, de ce gris de deuil que les mers du Nord revêtent en guise de toilette hivernale, et dont on ne peut dire cependant qu’il leur enlève leur poésie.

Ce fut une grave journée et un solennel entretien.